L'essor du dollar canadien a pesé sur le secteur manufacturier du Canada au cours des cinq dernières années, mais dans l'ensemble, son impact a été plutôt insignifiant en raison de la nature changeante de l'économie, conclut un nouveau rapport de la Banque CIBC.
Pendant que certains leaders syndicaux déplorent la "crise" de la fabrication, particulièrement dans le secteur de l'automobile, l'analyse de la CIBC suggère que les pertes d'emploi vont continuer _ mais pas parce que le dollar canadien se rapproche de plus en plus de la parité avec le billet vert américain.
Selon les auteurs du rapport, bien que la hausse de 50 pour cent de la valeur du dollar canadien, au cours des cinq dernières années, ait précipité la perte de 275 000 emplois dans le secteur manufacturier, ces pertes n'ont eu que peu d'incidence sur l'économie dans son ensemble.
Les pertes d'emplois dans le secteur manufacturier ne pèsent pas lourd dans un marché du travail canadien où un million et demi de nouveaux emplois ont été créés dans les autres secteurs et qui affiche actuellement le taux de chômage le plus bas en plus de trente ans, estime l'économiste en chef de Marchés mondiaux CIBC, Jeff Rubin.
Pour l'industrie de consommation uniquement, les gains d'emplois dans les secteurs de la construction et des ressources ont plus que compensé les pertes du secteur manufacturier, indique le rapport. En outre, dans le secteur tertiaire, plus d'un million d'emplois ont été créés au Canada depuis cinq ans.
M. Rubin s'attend à ce que la proportion des emplois du secteur manufacturier continue de s'effriter avec la perte de 200 000 emplois d'ici la fin de la décennie.
Ainsi, la proportion de la population oeuvrant dans ce secteur rejoindra le faible niveau après-guerre de moins de 10 pour cent de la population active totale du Canada _ ce qui est comparable à la situation aux Etats-Unis.
Mais selon l'économiste en chef du Congrès du travail du Canada, Andrew Jackson, M. Rubin se montre très "élitiste" et passe à côté de détails critiques.
D'une part, a-t-il noté, 70 pour cent de la recherche et du développement au pays est lié de près au secteur manufacturier.
"Je ne pense pas que Jeff Rubin peut s'asseoir dans sa tour sur Bay Street et joyeusement ignorer l'avenir du secteur manufacturier en jugeant qu'il n'est pas important", a dénoncé M. Jackson.
"Une des choses que nous savons à propos des booms du secteur des ressources naturelles, c'est qu'ils sont inévitablement suivis de descentes (et) croire naJivement que nous pouvons avoir une économie qui ne repose que sur les ressources et les services est profondément erroné."
Selon M. Rubin, le recul du secteur manufacturier canadien peut être attribué au démantèlement des barrières douanières et des quotas d'importation, et il s'agit d'une tendance qui va se poursuivre.