Le transporteur ferroviaire qui a contribué à la création du Canada moderne en reliant les côtes Est et Ouest a vu la valeur de son titre bondir, mercredi, à la suite de rumeurs selon lesquelles le Canadien Pacifique, dont le siège social se trouve à Calgary, est dans la mire d'investisseurs d'envergure.
A la Bourse de Toronto, mercredi, le titre du Canadien Pacifique a clôturé en hausse de 11,95 $, soit près de 16 pour cent de sa valeur, à 89,00 $, après que l'entreprise eut confirmé qu'elle avait été approchée par un groupe dirigé par la firme Brookfield Asset Management, tout en précisant qu'aucun pourparler n'a encore eu lieu.
Cet intérêt pour le Canadien Pacifique, dont la capitalisation boursière est d'un peu moins de 14 milliards $, n'a pas surpris les analystes en transport, alors que les entreprises nord-américaines du secteur sont, pour la première fois depuis des dizaines années, dans une situation d'avantage concurrentielle.
Néanmoins, RBC Gestion d'actifs et l'Office d'investissement du régime de pensions du Canada, deux des principaux investisseurs institutionnels du CP, n'ont pas voulu dire s'ils étaient favorables à une éventuelle prise de contrôle, affirmant qu'ils ne faisaient pas de commentaires sur les rumeurs circulant sur les marchés boursiers.
Pour les investisseurs, un des aspects intéressants du Canadien Pacifique repose sur le fait que son réseau ferroviaire s'arrête à Chicago. Sa faible présence au sud de la frontière constitue un avantage puisque la compagnie est ainsi moins exposée à la très sévère réglementation américaine imposée aux monopoles du secteur.
"Le CP est une des seules compagnies ferroviaires qui pourrait obtenir l'aval des autorités réglementaires et ainsi profiter de synergies", a déclaré Randy Cousins, analyste chez BMO Marchés des capitaux.
Bien que son concurrent, le Canadien National, dispose d'un réseau lui donnant accès aux côtes Est et Ouest de même qu'à celle du golfe du Mexique, c'est cette ampleur même qui lui a nui, il y a plusieurs années, lorsque la société canadienne a eu un projet de fusionner ses activités avec celles de Burlington Northern.
"Si nous jamais devions constater une tendance croissante à la consolidation dans le secteur du transport ferroviaire, la compagnie qui serait la mieux placée pour devenir une cible est celle qui est la plus susceptible d'obtenir un feu vert des autorités réglementaires", a dit M. Cousins.
Le Canadien Pacifique, qui existe depuis 120 ans, contrôle le deuxième réseau de chemin de fer en importance au pays. L'entreprise a indiqué mercredi qu'elle avait reçu une "offre hautement conditionnelle" de la part de Brookfield, mais que son conseil d'administration avait refusé d'entamer des discussions sur cette offre.
La torontoise Brookfield, anciennement connue sous le nom de Brascan, est une des plus importantes firmes d'investissement du Canada. Elle est active dans plusieurs secteurs, allant des immeubles de bureaux à la finance en passant par les centrales électriques et autres infrastructures.
Les transactions avaient été interrompues mercredi matin à la Bourse de Toronto sur le titre du Canadien Pacifique, le temps que la compagnie fasse une mise au point. À la clôture, le titre de Brookfield avait gagné 15 cents à 41,70 $, tandis que celui du principal concurrent du Canadien Pacifique, le Canadien National, a avancé durant la journée de 3,35 $ à 60,65 $.
Le Canadien Pacifique a précisé qu'il a émis cette mise au point en réaction à des informations publiées mercredi par le quotidien Globe and Mail.
L'entreprise de Calgary a indiqué qu'elle était approchée de temps à autre, mais qu'elle n'est actuellement pas en négociations en vue d'une fusion. Toutefois, a-t-elle ajouté, rien ne garantit que des négociations ne commenceront pas bientôt et que, si cela se produit, elles déboucheront sur une transaction.
Citant des sources proches du dossier, le quotidien torontois The Globe and Mail a écrit dans son édition de mercredi que Brookfield, en partenariat avec la banque d'affaires américaine Goldman Sachs et la Caisse de dépôt et placement du Québec, se prépare à déposer une offre d'acquisition.
Le Canadien Pacifique a été fondé en 1881 pour relier les villes peuplées du pays à la partie Ouest, qui était plutôt déserte. Cet exploit d'ingénierie a été complété le 7 novembre 1885 _ avec six ans d'avance _ quand le dernier crampon a été enfoncé à Craigellachie, en Colombie-Britannique.
Le conglomérat du Canadien Pacifique _ qui a fini par englober des hôtels, de l'immobilier, des activités d'expédition et une participation dans le secteur des hydrocarbures _ a été démantelé il y a environ six ans, et CP Rail est devenu une entreprise indépendante largement contrôlée par des investisseurs individuels et institutionnels.
L'entreprise ferroviaire était la dernière des principales sociétés en exploitation qui ont été essaimées en 2001 _ incluant PanCanadian, Fording Coal, CP Navigation et CP Hôtels _ à être demeurée indépendante.
CP Rail est maintenant active au Canada et aux États-Unis, avec un réseau de 22 500 kilomètres de rails qui dessert les principales villes du Canada, de Montréal à Vancouver, et les régions du nord-est et du Midwest des États-Unis. Des alliances avec d'autres entreprises ferroviaires allongent sa portée à travers les États-Unis et jusqu'au Mexique.
L'entreprise compte quelque 16 000 employés et transporte une multitude de marchandises, allant du grain et du charbon au bois, à la potasse et aux produits manufacturés comme les voitures, les électroménagers et les meubles.