Jean Coutu n'a pas l'intention de ranger pour de bon son célèbre sarrau de laboratoire, même s'il cède à son fils François, pour la deuxième fois, les rênes de la chaîne de pharmacies qu'il a fondée il y a 38 ans.
"Il restera président du conseil, et de toute façon, il aime toujours porter sa veste blanche", a indiqué François lors d'une interview, vendredi, à la suite de la publication des résultats financiers du quatrième trimestre de la compagnie.
L'entreprise de Longueuil a affiché une perte nette de 6,9 millions $ US au plus récent trimestre, mais a engrangé des profits de 140,8 millions $ US sur l'ensemble de l'année.
François Coutu héritera du poste de chef de la direction à la suite de l'assemblée annuelle d'octobre. Il a déjà accédé à cette fonction en 2002, avant de l'abandonner trois ans plus tard, relégué au poste de président et responsable des activités canadiennes alors que la société peinait avec son énorme acquisition aux Etats-Unis.
"Nous sommes convaincus que sous son leadership, la compagnie atteindra les prochaines étapes de son développement avec enthousiasme et que de nouvelles occasions de croissance et d'expansion se présenteront", a indiqué vendredi Jean Coutu lors d'une conférence téléphonique.
Le patriarche avait déjà annoncé son intention de démissionner lorsqu'il a célébré son 80e anniversaire de naissance, en mai, et que la vente des chaînes Brooks et Eckerd à Rite Aid a été complétée.
Son fils de 52 ans a fait preuve de réserve lorsqu'on lui a demandé comment il allait se distinguer de son père, toujours très présent.
"Je ne veux pas comparer. Mon père est unique en son genre. Je serai différent, c'est tout."
Son frère Michel, qui était en charge des activités américaines, poursuivra sur la même lignée en tant que vice-président de Rite Aid.
Le Groupe Jean Coutu, qui rapporte ses résultats en dollars américains, a affiché des revenus de 2,88 milliards $ pour son trimestre terminé le 4 juin, une hausse de 0,2 pour cent par rapport aux 2,875 milliards $ de l'an dernier. Les revenus canadiens étaient en hausse de 9,4 pour cent, à 485,7 millions $.
La perte nette de 6,9 millions $, soit trois cents l'action, se compare à un bénéfice de 30,3 millions $, ou 12 cents l'action, pour le même trimestre l'an dernier. M. Coutu a attribué la plus grande partie de ce revirement à des pénalités liées au remboursement de sa dette.
Jean Coutu a clôturé en juin la vente de 3,9 milliards $ des 1854 pharmacies américaines Brooks et Eckerd, ainsi que six centres de distribution, à Rite Aid. Elle a reçu 2,36 milliards $ en comptant et 250 millions d'actions de Rite Aid.
Maintenant qu'elle est pratiquement exempte de dette, la compagnie prévoit racheter près de 14 millions d'actions au cours de la prochaine année, de hausser son dividende d'un tiers pour qu'il atteigne 16 cents CA par action, d'accélérer la construction de nouveaux magasins et la rénovation de pharmacies existantes, et d'étudier les occasions stratégiques d'expansion.
"Il y a des occasions de croissances additionnelles et nous allons définitivement les saisir", a indiqué François Coutu aux analystes.
La compagnie prévoit révéler ses orientations stratégiques cet automne. Toute acquisition réalisée à l'extérieur du Québec aurait vraisemblablement lieu dans les provinces de l'Atlantique ou en Ontario, a-t-il ajouté dans une interview.
Le conseil d'administration a approuvé une hausse du dividende trimestriel de 33 pour cent à quatre cents l'action.
Au cours des trois prochaines années, le Groupe Jean Coutu espère ajouter 50 nouvelles pharmacies à son réseau de 300 magasins au Québec.
L'action de Jean Coutu a cédé vendredi 60 cents, soit quatre pour cent, pour clôturer à 14,33 $ à la Bourse de Toronto.