Les opposants à la junte militaire en Birmanie ont une nouvelle fois manifesté jeudi à Rangoon contre l'augmentation du prix des carburants instaurée par le régime. Mais la marche a finalement été dispersée par la police, qui a embarqué une dizaine de protestataires. Selon des témoins, plusieurs manifestants interpellés ont été frappés. Environ 300 personnes avaient manifesté mercredi matin contre la hausse du prix des carburants, malgré l'arrestation de 13 opposants qui avaient organisé le défilé. Une première manifestation avait également eu lieu dimanche dernier.
Jeudi, une quarantaine de personnes, principalement des membres de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d'Aung San Suu Kyi, ont défilé dans le calme, sans banderoles, sur environ trois kilomètres en direction du siège du parti dans l'est de la capitale birmane, avant d'être stoppés par un cordon de sécurité. Les autorités ont ordonné aux badauds et aux journalistes de s'éloigner de la zone. Certains membres de la presse ont été brutalisés par les forces de l'ordre les injuriant. Les manifestants se sont assis à même le sol et ont formé une chaîne humaine afin d'empêcher les policiers de les embarquer.
Cette manifestation survient après l'arrestation d'"agitateurs" du groupe Etudiants Génération 88 accusés d'avoir tenté de nuire à "la stabilité et la sécurité du pays". Les membres du mouvement ont organisé des pétitions, des prières collectives et d'autrea actions destinées à promouvoir le retour à la démocratie et obtenir la libération de prisonniers politiques, dont la prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, assignée à résidence. Le mouvement avait pris la tête de l'insurrection pro-démocratie de 1988 et écopé de longues peines de prison, assorties de tortures, après sa répression brutale par le régime militaire. Le soulèvement avait alors été précédé de manifestations publiques contre une hausse des prix et autres problèmes économiques.
Un ancien prisonnier politique a par ailleurs manifesté seul devant l'ambassade des États-Unis avant d'être arrêté par des policiers en civil. Ohn Than tenait une pancarte demandant une intervention de l'ONU pour contraindre le gouvernement à réunir le Parlement, selon des témoins s'exprimant sous couvert d'anonymat. L'individu a purgé une peine de deux ans de prison pour avoir participé à une manifestation devant les bureaux de l'ONU en 2004.

© La Presse Canadienne, 2012