Le président et chef de la direction d'Alimentation Couche-Tard, Alain Bouchard, a admis mercredi que les actionnaires commençaient à s'impatienter face à l'absence d'acquisitions majeures depuis l'achat de la chaîne américaine Circle K, en 2003.
"Certainement que le marché est déçu qu'on n'ait pas annoncé de grandes acquisitions depuis Circle K", a convenu M. Bouchard lors d'une conférence de presse tenue en marge de l'assemblée annuelle des actionnaires de l'entreprise, à Laval.
"Ce n'est pas nécessairement justifié, mais qu'est-ce que vous voulez, on ne le contrôle pas, le marché", a-t-il ajouté.
En un an, le titre de Couche-Tard a reculé de plus de six pour cent à la Bourse de Toronto. Mercredi, l'action de catégorie B a clôturé à 21,66 $, en baisse de 1,9 pour cent (41 cents).
Il faut dire que pendant l'exercice 2006-07, malgré une hausse de 19 pour cent du chiffre d'affaires, qui a dépassé les 12 milliards $ US, le bénéfice net n'a cru que de 200 000 $ US pour s'établir à 196,4 millions $ US.
Le président a souligné que plusieurs pourparlers avaient eu lieu avec des cibles potentielles au cours des quatre dernières années, mais qu'ils n'avaient débouché sur aucune transaction d'importance.
En 2006, l'achat de 236 dépanneurs de Shell Oil Products US a été la plus grosse acquisition de Couche-Tard, ce qui est bien loin des 1663 magasins dont est devenue propriétaire la société de Laval lors de la transaction touchant Circle K.
"On pourrait acheter beaucoup d'actifs si on le voulait, mais les retours (sur l'investissement) ne sont pas là, a expliqué le chef de la direction financière, Richard Fortin. Donc, on est patients. J'aime faire cette analogie-là: notre logo c'est un hibou, on est perchés sur notre branche, on regarde les cibles puis quand il va y en avoir une qui est suffisamment faible, on sautera dessus."
À cet égard, la possibilité d'une récession aux États-Unis n'effraie pas Alain Bouchard, qui y verrait une occasion d'acquérir des magasins à bon prix. Couche-Tard voit aussi d'un bon oeil le désengagement de certaines pétrolières du secteur des dépanneurs aux États-Unis.
"On devrait pénétrer un autre marché (américain) cette année", a avancé laconiquement M. Bouchard, dont le salaire atteindra 1,9 million $ en 2007 (plus l'octroi de 100 000 actions).
Pénurie de main-d'oeuvre
Outre le ralentissement américain, Couche-Tard doit surmonter un autre défi en Alberta: la pénurie de main-d'oeuvre.
Pour y faire face, la compagnie recrute activement en Ontario et dans les Maritimes en offrant aux chercheurs d'emploi un appartement, l'utilisation d'une voiture, des vols réguliers vers leur province d'origine et la possibilité de gagner des prix en argent.
La situation est à ce point critique que des concurrents de Couche-Tard en Alberta sont forcés de fermer leurs portes les soirs et les dimanches, faute de personnel.
Alain Bouchard a assuré mercredi que les efforts de l'entreprise avaient porté leurs fruits et que les dépanneurs albertains de la chaîne demeuraient ouverts selon l'horaire régulier.
Il reste que la pénurie de main d'oeuvre en Alberta, de même qu'en Arizona, a contraint le détaillant à augmenter ses salaires dans ces régions, ce qui a accru les frais d'exploitation.
"Mais la croissance des bénéfices, elle est exponentielle là-bas", a tenu
à préciser M. Bouchard.
En Alberta, le salaire horaire moyen des employés de Couche-Tard atteint 12 $, alors qu'il n'est que de 9 $ au Québec.
Pour ce qui est de la bannière Dunkin Donuts, qu'exploite Couche-tard au Québec, son redressement a été plus difficile que prévu, a reconnu Alain Bouchard. Dans les circonstances, il est encore trop tôt pour dire quand l'entreprise se lancera dans le franchisage de la chaîne.
Pour ce qui est d'une expansion en Asie, Couche-Tard la contemple toujours, mais sans se fixer d'échéancier précis. M. Bouchard a néanmoins indiqué qu'il était près à prendre une participation financière dans une entreprise partenaire si la bonne occasion se présentait. L'entreprise a tenté une telle démarche il y a deux ans, mais en vain.
Circle K regroupe actuellement 3616 magasins exploités sous licence au Japon, à Hong Kong, en Chine, au Mexique et dans trois autres pays. Couche-Tard n'en retire toutefois que 2 millions $ US en profits nets.
Couche-Tard jongle aussi avec l'idée d'étendre, aux États-Unis, le nombre de dépanneurs qui offrent le service à l'auto, et de vendre, dans ses magasins des deux côtés de la frontière, des produits frais comme des bananes, qui connaissent actuellement un franc succès en Ohio.
Quant aux projets des géants Tesco et Wal-Mart de se lancer dans le secteur des magasins de petite surface aux États-Unis, Alain Bouchard s'en montre peu préoccupé, rappelant que Couche-Tard est prêt à affronter la concurrence.