Le procès de Vincent Lacroix mené par l'Autorité des marchés financiers (AMF) a repris, mercredi, après une pause de trois mois, avec le témoignage choc du comptable Jean Hébert, vice-président aux Finances chez Norbourg dans les deux mois précédant la perquisition policière du 25 août 2005.
Il a dit avoir découvert que l'argent d'investisseurs avait permis à Vincent Lacroix de payer pour 6 millions $ d'impôt.
M. Hébert, un ancien employé de l'AMF, a raconté au juge Claude Leblond de la Cour du Québec avoir découvert le pot aux roses le 3 août 2005 quand il a eu accès aux comptes bancaires de Norbourg International et de Vincent Lacroix détenus à la Banque de Montréal. Il a constaté que le 22 juillet, un paiement de 6 millions $ a été fait à Vincent Lacroix. Ce paiement avait été précédé de trois transferts d'argent, totalisant 6,9 millions $, puisés dans trois fonds de Norbourg.
Le 23 juillet 2005, un autre transfert, celui-là de 3 millions $, était fait entre les Fonds Évolution américains et Norbourg International.
"J'étais choqué de voir que l'argent du monde n'allait pas où il devait aller. L'argent des investisseurs ne devait pas prendre ce chemin-là. Ce n'était pas normal que ça aille à Lacroix", a déclaré M. Hébert.
Secoué par sa découverte, il a rencontré le soir même des enquêteurs de l'Equipe intégrée de police des marchés financiers à qui il a remis les documents incriminants. Il a parlé de son intention de donner sa démission sur-le-champ, ce qui aurait mis en péril l'enquête en cours à l'égard de Norbourg et de Vincent Lacroix. Il a accepté, à contrecoeur, de demeurer en poste.
Avant d'être responsable des finances, Jean Hébert avait eu le mandat, à son arrivée chez Norbourg en octobre 2004, de voir à la conformité de fonds, c'est-à-dire de vérifier si les exigences des organismes de contrôle étaient respectés. Il a noté l'absence de contrôle sur le compte en fiducie, l'absence de conciliation bancaire. Il a vu aussi que les rapports ne balançaient pas d'une période à l'autre, "ce qui n'était pas normal". Il a dit avoir vite constaté qu'il y avait un "trou" de 165 000 $.
Le mois suivant, à la fin de novembre, il apprend de Vincent Lacroix qu'il fait l'objet d'une enquête de l'AMF. Il décide tout de même de demeurer en place, "de ramer dans la barque", a-t-il dit.
Au fil des jours, Jean Hébert découvre la culture de Norbourg et plusieurs éléments l'alertent. Par exemple, il s'étonne de ce que l'accès aux communications avec le gardien de valeurs Northern soit réservé exclusivement à Vincent Lacroix et à son cousin David Simoneau.
Sur une question aussi simple que de savoir d'où venaient les fonds permettant de faire rouler la boîte, alors que les employés n'étaient pas tenus de rédiger des comptes de dépenses et semblaient avoir accès "à un robinet ouvert", M. Hébert a dit qu'il n'arrivait pas à obtenir de réponse. Il ignorait même quelles étaient les activités de chacun des fonds. Quand il a tenté de connaître la teneur des activités de Norbourg International, Jean Cholette, qui en était responsable, lui aurait répondu: "Tu ne sauras jamais ce qui se passe là-dedans".
Aussi, quand Jean-Claude Scraire, ancien président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, chargé par Vincent Lacroix de mettre en place un conseil d'administration, lui a posé ces questions de base, M. Hébert a dit n'avoir pu lui répondre. Il lui a dit qu'il cherchait les mêmes informations. Il essayait de comprendre pourquoi les organigrammes établissant les responsabilités de chacun et les liens d'autorité étaient constamment modifiés.
Vincent Lacroix fait face à 51 chefs d'accusation en vertu de la Loi sur les valeurs mobilières relativement à la manipulation de la valeur des fonds communs et aux informations fausses et trompeuses fournies à l'AMF. Son procès se poursuivra jeudi à compter de 14h30.
Quant à Jean Hébert, il a été analyste de fonds communs de placement pour l'AMF de 1998 à 2004.