Un ancien de Norbourg convaincu d'avoir fait une gestion efficace et claire "à la cent près" de l'argent des investisseurs dans les fonds Norbourg et Evolution a eu la surprise de sa vie, dit-il, quand il a découvert un trou de 130 millions $, dans les jours suivant les perquisitions du 25 août 2005.
Pendant les quelques années où Michel Martin a travaillé chez Norbourg à titre d'administrateur comptable, il voyait quotidiennement à ce que toutes les sommes qui transitaient dans le compte en fidéicommis soient "attribuées", pour qu'on sache d'où elles provenaient et où elles allaient.
Mais le système de comptabilité était double. Pendant qu'il s'occupait de la partie opération, le cousin de Vincent Lacroix, David Simoneau, voyait à la partie gestion. Ces deux derniers étaient les seuls à pouvoir établir des communications avec le gardien de valeurs Northern Trust où ils avaient directement accès aux comptes. Eux seuls pouvaient demander que soient faits des transferts d'argent.
Au moment des perquisitions du 26 août 2005 dans les bureaux de Norbourg, Michel Martin, alors en vacances, dit avoir été atterré lorsqu'il a entendu des informations à la radio et à la télévision voulant qu'un scandale financier venait d'éclater et que les enquêteurs avaient envahi les bureaux de Norbourg, ainsi que ceux de la firme Ernst & Young à titre d'administrateur provisoire.
Il a été mandé à la rescousse pour tenter d'établir qu'elle était la véritable valeur financière des divers fonds. En comparant les données de Northern Trust à celles du système informatique interne géré par David Simoneau, il a découvert que les positions véritables des fonds établies par Northern Trust montraient que 26 des 27 portefeuilles des fonds Norbourg et Evolution affichaient un trou de plus de 130 millions $.
"La valeur marchande d'un seul fonds était correcte. Les montants différaient pour les 26 autres fonds", a-t-il avancé.
Ce qui a fait dire au témoin Martin que les retraits irréguliers attribués
à Lacroix par l'Autorité des marchés financiers (les transferts d'argent dans les comptes personnels de Vincent Lacroix) n'étaient pas inscrits dans le système informatique interne ni dans le compte en fidéicommis. Cela avait pour effet que le public investisseur recevait une information erronée sur le prix unitaire des parts des différents fonds. A titre d'exemple, d'après les calculs de M. Martin, pour le Fonds obligations, Norbourg établissait à 11,47 $ la valeur unitaire des parts, alors que celle-ci se situait à 0,03 $ selon Northern Trust.
Eric Downs, procureur de l'AMF, a également fait dire au témoin qu'il était faux de prétendre, comme l'a fait Vincent Lacroix, s'être retrouvé avec un trou de 20 millions $ après l'acquisition des Fonds Evolution auprès de Capital Teraxis en décembre 2003. "Ce n'est pas de cet ordre-là", a-t-il dit.
Vincent Lacroix, qui fait face à 51 chefs d'infractions en Cour du Québec pour des violations à la Loi sur les valeurs mobilières, amorcera mardi le contre-interrogatoire du témoin Martin, un exercice qui s'annonce long.