Maintenant libéré de ses activités américaines et de ses dettes, le Groupe Jean Coutu entend se concentrer sur le Québec et, dans une moindre mesure, sur une éventuelle expansion en Ontario.
Lors de l'assemblée annuelle des actionnaires, tenue mardi au siège de l'entreprise à Longueuil, Jean Coutu a officiellement remis les rênes de l'entreprise à son fils François, qu'il avait momentanément remplacé à cette fonction à la fin 2005.
"C'est l'homme de la circonstance", a assuré M. Coutu, qui a franchi le cap des 80 ans plus tôt cette année.
Au cours des 12 prochains mois, Jean Coutu entend investir 105 millions $ afin d'ouvrir 11 nouvelles pharmacies, en relocaliser 11 autres et en rénover 44 de plus. Vingt boutiques Passion Beauté s'ajouteront aussi au réseau. D'ici 2010, le groupe compte avoir ouvert 50 nouveaux magasins en tout.
Pour l'entreprise, le Québec est redevenu le meilleur endroit où investir, puisque le volume d'affaires par succursale y est le plus élevé de toute l'industrie au Canada.
"Nous avons encore de la place pour grandir", a résumé François Jean Coutu, en rappelant que la courbe démographique demeurait largement favorable à l'entreprise.
Jean Coutu continue néanmoins à examiner les possibilités d'acquisitions au Canada anglais, plus particulièrement en Ontario. L'entreprise espère mettre la main sur une chaîne régionale qui lui permettrait d'acquérir un nom plus familier aux Ontariens que Jean Coutu.
L'analyste David Hartley, de BMO Marchés des capitaux, estime toutefois que les occasions d'acquisitions sont rares en Ontario.
Rite Aid
Le Groupe a publié mardi les résultats de son premier trimestre, terminé le 1er septembre, qui enregistrent pour la première fois la quote-part que détient Jean Coutu dans Rite Aid, soit un peu moins de 32 pour cent.
L'entreprise a dégagé des profits nets de 8,3 millions $ (3 cents par action), comparativement à une perte de 142,5 millions $ (54 cents par action) inscrite l'année dernière à cause d'une perte de valeur liée à la transaction avec Rite Aid.
Au trimestre terminé le 1er septembre, Rite Aid a déclaré une perte de 69,6 millions $ US, ce qui se traduit par une moins-value de 29,6 millions $ pour Jean Coutu. La remontée du dollar canadien n'améliore évidemment pas les choses.
Le chiffre d'affaires du Groupe a atteint 540,3 millions $ au premier trimestre, contre 487,8 millions $ pour les activités canadiennes il y a un an (les revenus globaux, comprenant les activités américaines, étaient alors de 3,1 milliards $).
"Les trois premiers mois ont été difficiles, c'est normal", a admis Jean Coutu en parlant de l'investissement dans Rite Aid.
"Ce n'est pas du court terme, a-t-il ajouté. Ce n'est pas notre habitude de penser court terme. C'est du long terme."
Jean Coutu se croise une fois de plus les doigts pour que la prochaine administration à Washington améliore le système de santé, ce qui amènerait de nouveaux clients chez Rite Aid. Quoi qu'il en soit, le Groupe vient d'acheter près de deux millions de nouvelles actions de l'entreprise américaine, pour environ 9 millions $.
Le Groupe Jean Coutu espère par ailleurs profiter du pouvoir d'achat de Rite Aid pour l'approvisionnement de ses pharmacies canadiennes, surtout pour les importations en Asie et en Europe.
L'entreprise a en outre révélé, mardi, qu'elle détenait 35,7 millions $ en papier commercial adossé à des actifs (PCAA) non bancaire, un instrument financier qui fait actuellement face à une restructuration dans la foulée d'une crise de liquidités. Le Groupe songe à poursuivre la Banque Nationale, qui lui a vendu ces placements, afin de recouvrer rapidement ses fonds.
"On n'a aucune raison de perdre un sou dans ça", a lâché Jean Coutu.
Même s'il abandonne le poste de chef de la direction, M. Coutu n'a pas l'intention de s'éclipser. Il présidera le conseil d'administration de l'entreprise qu'il a fondée en 1969 jusqu'à nouvel ordre.
Mardi, le titre du Groupe Jean Coutu a clôturé à 12,01 $, en baisse de 2,3 pour cent, à la Bourse de Toronto.