Vincent Lacroix amorcera lundi sa défense face à l'Autorité des marchés financiers (AMF). Il entend faire venir à la barre une bonne dizaine de témoins, dont Eric Asselin, et témoigner lui-même une journée ou deux.
"C'est sûr qu'il va y avoir de la chaleur dans la pièce", a-t-il déclaré aux médias, mercredi, à l'issue de la 44e journée de son procès où il doit faire face à 51 constats d'infractions à la Loi sur les valeurs mobilières du Québec.
L'AMF a terminé sa preuve avec l'experte juricomptable Guylaine Leclerc, 18e témoin de ce procès. A son tour, celle-ci a voulu démontrer au juge Claude Leblond, de la Cour du Québec, que la thèse chère à l'ancien dirigeant de Norbourg voulant qu'il ait été floué de 20 millions $ lorsqu'il a fait l'achat des Fonds Evolution de Capital Teraxis, propriété à 80 pour cent de la Caisse de dépôt et placement du Québec, ne résistait pas à l'analyse.
Cette transaction faite en 2004 a été maintes fois décriée par Vincent Lacroix qui l'a qualifiée d'"héritage de la Caisse" dans le cadre des diverses procédures judiciaires auxquelles il est mêlé.
Lacroix n'en démord pas et entend bien revenir sur ce sujet au cours de son témoignage.
Deux des témoins sur sa liste sont de l'AMF, soit Jean Laurin, qui a approuvé les fonds Norbourg, et Vincent Mascolo, qui a mené une inspection chez Norbourg à l'automne 2002 et qui est devenu par la suite enquêteur à l'AMF.
On y trouve également Michel Fragasso, président de Capital Teraxis; le vérificateur des fonds Norbourg chez KPMG; un fonctionnaire du ministère du Revenu relativement à une vérification de TPS et de TVQ; Me Alain Dussault, avocat corporatif chez Norbourg; et Me Christian Joly, procureur de Norbourg en 2001.
Lacroix veut aussi faire entendre Denis Auclair, qui travaillait à la Caisse de dépôt et placement du Québec en 2001 quand le pdg de Norbourg a cherché, en vain, à y faire un emprunt, ainsi qu'un employé du gardien de valeurs Northern Trust.
Il reste que son principal témoin, qu'il qualifie d'ailleurs d'"hostile", sera Eric Asselin, qui a été tour à tour employé à l'AMF, vice-président Finances chez Norbourg, consultant chez Norbourg, puis délateur auprès de l'AMF et de la GRC.
Sur les 15 jours prévus pour sa défense, Vincent Lacroix évalue que le tiers ira au témoignage d'Eric Asselin.
Quand son tour sera venu de témoigner, Lacroix fera une déclaration en plus de lire un document qu'il a préparé sur "l'héritage de la Caisse".
Il n'a pas été convaincu par l'analyse menée par la juricomptable Leclerc à la suite de multiples vérifications pour voir s'il était vrai, comme le prétend Lacroix, que 20 millions $ sont disparus à l'occasion du transfert des fonds du Trust Banque Nationale à Northern Trust. Le suivi des parts et de l'argent s'est révélé laborieux, mercredi, puisque la juricomptable a retracé toutes les activités de ventes et d'achat des parts et fourni à cet effet un tableau exhaustif au juge Claude Leblond.
Avant elle, l'enquêteur François Filion, embauché par l'AMF, avait été longuement interrogé par Vincent Lacroix qui l'invitait à constater des "irrégularités" dans divers documents financiers reliés aux Fonds Evolution. M. Filion a fait valoir que pour bien saisir ce qui s'était passé, il fallait mener un examen plus fouillé, plus large que celui auquel l'accusé Lacroix le conviait.
Quoi qu'il en soit, Vincent Lacroix continue d'assurer sa défense seul, n'ayant pas réussi au cours de l'été à intéresser un avocat à son dossier. Sur les quatre qu'il a rencontrés, deux ont trouvé la documentation tellement volumineuse qu'ils ne voyaient pas comment ils pourraient s'en tirer, pendant que deux autres lui ont conseillé de plaider coupable, ce qu'il a refusé de faire. "Je crois que j'ai une défense", fait-il encore valoir.