En retirant à Domtar des approvisionnements de 567 000 mètres cubes de bois, Québec menace 1000 emplois, a soutenu lundi le grand patron des produits forestiers de l'entreprise, Jean-François Mérette.
Ulcérés par la décision du ministre des Ressources naturelles, Claude Béchard, les dirigeants de Domtar ont déjà entamé des procédures judiciaires contre le gouvernement afin de la faire annuler. Ce week-end, ils ont lancé une campagne publicitaire dans les quotidiens dans l'espoir de rallier l'opinion publique à leur cause.
"(La décision de Québec) met en péril 1000 emplois", a déclaré M. Mérette dans un entretien téléphonique avec La Presse Canadienne.
Domtar a tenu lundi à Montréal une rencontre avec des représentants syndicaux afin de les convaincre des vertus de la vente de ses scieries et des usines de seconde transformation à une nouvelle entreprise, Conifex. Jusqu'ici, les travailleurs se sont montrés sceptiques face au projet de transfert.
Au Québec, Conifex veut consolider la production dans les usines de Val-d'Or, en Abitibi-Témiscamingue, Matagami, dans le Nord-du-Québec et Sainte-Marie, en Beauce. Les scieries de Malartic, en Abitibi-Témiscamingue et de Grand-Remous, en Outaouais, fermeraient leurs portes, tandis que l'avenir de celle de Lebel-sur-Quévillon (Nord-du-Québec) resterait en suspens.
Domtar veut que les permis de coupe rattachés aux installations de Grands-Remous et de Malartic soient transférés à Conifex afin que le bois de ces secteurs puisse être traité à Val-d'Or. Le mois dernier, le gouvernement a rejeté ce plan, allant jusqu'à retirer ces deux permis à Domtar.
Or, les maires de Malartic, Grand-Remous et Matagami, présents à la réunion de Montréal, lundi, sont d'accord avec le projet Domtar-Conifex. La scierie de Malartic serait transformée en parc industriel, tandis que celle de Grand-Remous deviendrait une usine de panneaux jointés. Lundi, Domtar a annoncé son intention de rouvrir l'usine de Matagami le 7 janvier, ce qui redonnera de l'emploi à 180 personnes.
Sans le transfert des permis de coupe de bois de Malartic et Grand-Remous à Conifex, "ça va être extrêmement difficile de rentabiliser" les scieries de Val-d'Or et de Matagami, de même que l'usine de seconde transformation de Sullivan, en Abitibi-Témiscamingue, a affirmé Jean-François Mérette.
Ce dernier reconnaît que Domtar n'a toujours pas trouvé les deux partenaires financiers qui injecteront six des 15 millions $ nécessaires au démarrage de la nouvelle usine projetée à Grand-Remous. Il a toutefois assuré que Domtar (ou Conifex) est prête à investir seul s'il le faut.
Le dirigeant a révélé qu'à la suite de la décision de Québec de lui retirer des volumes de bois, Domtar avait mis sur la glace un projet de 7 millions $ visant à moderniser la scierie de Val-d'Or.
"C'est une décision qui est très dommageable pour le Québec, a soutenu M. Mérette. Notre plan est excellent. Trouvez-moi des compagnies qui veulent investir 25 millions $ aujourd'hui dans l'industrie du sciage au Québec."
Pour Domtar, l'annonce du ministre Béchard a été une surprise complète. "On m'a fait croire tout l'été que notre plan allait être accepté", a martelé Jean-François Mérette.
Domtar emploie actuellement entre 500 et 600 personnes dans ses activités forestières au Québec. Une fois la cession des usines de ce secteur à Conifex, on prévoit qu'un peu plus de 1000 personnes y travailleront.
Le titre de Domtar a gagné 2,7 pour cent lundi, clôturant à 8,04 $, à la Bourse de Toronto.