Pris de cours par la tournure des événements, Vincent Lacroix a déclaré forfait. Il a renoncé à témoigner pour sa défense à son procès, estimant ne disposer d'aucun capital de crédibilité. Le procès qui en était mardi à sa 46e journée a donc été suspendu jusqu'au 12 novembre, date du début des plaidoiries finales.
"Qu'elle est ma crédibilité d'être le seul témoin dans ma défense? Tout au long du procès on a attaqué ma crédibilité", a-t-il commenté mardi à la sortie du tribunal.
"Me retrouver seul comme témoin pour ma défense était complètement inutile", a-t-il dit.
Vincent Lacroix, qui fait face à 51 chefs d'accusation portés par l'Autorité des marchés financiers (AMF), a semblé particulièrement désemparé tout au long de la journée.
"J'aurais aimé mieux qu'un camion me passe dessus. Je suis encore très surpris de la tournure des événements, que l'ensemble des témoins (à l'exception d'un seul) soient refusés", a-t-il confié.
Le juge Claude Leblond, de la Cour du Québec, a servi une douche froide à l'accusé lundi quand il a déclaré non pertinent chacun des quelque 30 témoins pressentis par Lacroix, dont 13 de l'AMF. Tout cela parce que Lacroix n'a pu, comme le lui demandait le juge, établir un lien entre les témoins envisagés et les 51 chefs d'accusation.
Eric Asselin, un ancien de l'AMF passé chez Norbourg à titre de vice-président finances, puis devenu consultant toujours chez Norbourg, puis délateur des malversations de Lacroix, était le seul témoin à avoir été agréé par le magistrat. L'accusé a toutefois fait savoir qu'il renonçait à lui poser des questions.
S'adressant à Lacroix, le juge lui a alors demandé: "Quant à vous maître?"
"Je ne témoignerai pas", a répondu Lacroix qui se représente seul.
"C'est votre choix", a répliqué le juge.
Le procureur de l'AMF a alors pris la précaution d'intervenir. "C'est son procès. S'il y a lieu de reporter à la semaine prochaine, je serais enclin à accepter", a avancé Me Eric Downs.
L'air renfrogné, Vincent Lacroix a réitéré sa décision de ne pas présenter de défense.
Me Downs a suggéré qu'il était temps pour Lacroix de clore sa défense par le dépôt de documents promis, en provenance de Northern Trust.
"Quelle défense?", a demandé l'accusé, la voie cassée.
Les discussions entourant le dépôt de documents en provenance du gardien de valeurs a pris une bonne partie de la journée. L'exercice n'a été complété qu'en début d'après-midi. En tout et partout, Vincent Lacroix aura assuré sa défense, au fil des jours, par le dépôt de 84 documents, dont une série d'admissions.
Pour ce qui en est des plaidoiries finales, à compter du 12 novembre, Lacroix a dit en avoir "pour même pas une journée", tandis que Me Downs, pour l'AMF, estime qu'il aura besoin de deux jours.
Quoi qu'il en soit, l'accusé n'est pas très confiant quant au sort qui l'attend en bout de ligne.
"Le juge va décider si je suis coupable. Avec la défense que j'ai faite, on connaît déjà tous le verdict", a-t-il indiqué.
L'AMF reproche à Lacroix d'avoir fait 134 retraits irréguliers totalisant la somme de 115 millions $ dans les épargnes des investisseurs et d'avoir produit pas moins de 111 documents faux et trompeurs. Pour cela, l'AMF réclame cinq ans moins un jour de prison et une amende de 5 millions $ pour chacun des 51 chefs d'accusation.
D'autres batailles attendent Vincent Lacroix. La prochaine, à la fin décembre, consiste à se présenter devant la Chambre de la sécurité financière pour répondre à une plainte déontologique en sa qualité de représentant en épargne collective.