Le Conseil du patronat s'inquiète de la décision du ministre des Ressources naturelles, Claude Béchard, de retirer des droits de coupe à la compagnie forestière Domtar.
Dans une lettre adressée jeudi à M. Béchard, le président du CPQ, Michel Kelly-Gagnon, soutient que la décision et les déclarations du ministre sont nuisibles à la relance de l'industrie forestière québécoise.
Le CPQ accuse notamment M. Béchard d'empêcher la libre circulation de la fibre de bois dans la province de Québec.
"La seule solution viable à long terme pour relancer ce secteur est la consolidation des opérations et des investissements, écrit M. Kelly-Gagnon dans sa lettre à M. Béchard. Une telle réorganisation industrielle impliquera inévitablement des échanges de volume de bois entre diverses régions du Québec."
M. Kelly-Gagnon, qui souligne que le CPQ n'a pas l'habitude d'intervenir dans des litiges entre le gouvernement et des entreprises, déplore aussi les déclarations de M. Béchard dans ce dossier, qu'il qualifie de "anti-actionnariat", ajoutant qu'elles sont "dignes de certains discours syndicaux des années 70".
Il reproche notamment à M. Béchard d'avoir affirmé à La Presse Canadienne que "le bois appartient aux Québécois mais pas pour faire en sorte que les actionnaires fassent plus d'argent à Chicago ou à Toronto".
Les dirigeants de Domtar ont déjà entamé des procédures judiciaires contre le gouvernement afin de faire annuler le retrait de ses droits de coupe. Cette semaine, l'entreprise a aussi lancé une vaste campagne publicitaire dans les quotidiens, dans l'espoir de rallier l'opinion publique à sa cause.
En juin dernier, Domtar a annoncé la vente de ses scieries et des usines de seconde transformation à une nouvelle entreprise, Conifex. Le montant de cette transaction projetée est de 285 millions $.
Au Québec, Conifex veut consolider la production dans les usines de Val-d'Or, en Abitibi-Témiscamingue, Matagami, dans le Nord-du-Québec et Sainte-Marie, en Beauce. Les scieries de Malartic, en Abitibi-Témiscamingue et de Grand-Remous, en Outaouais, fermeraient leurs portes, tandis que l'avenir de celle de Lebel-sur-Quévillon (Nord-du-Québec) resterait en suspens.
Domtar veut que les permis de coupe rattachés aux installations de Grands-Remous et de Malartic soient transférés à Conifex afin que le bois de ces secteurs puisse être traité à Val-d'Or. Le mois dernier, le gouvernement a rejeté ce plan, allant jusqu'à retirer ces deux permis à Domtar.
En début de semaine, le premier vice-président du secteur produits forestiers de Domtar, Jean-François Mérette, a affirmé qu'en retirant ces approvisionnements de 567 000 mètres cubes de bois, Québec menace 1000 emplois.