De nouvelles normes comptables internationales pourraient mettre en péril certaines coopératives, a prévenu lundi le président et chef de la direction du Mouvement Desjardins, Alban D'Amours.
La Financial Accounting Standards Board des États-Unis et l'International Accounting Standards du Royaume-Uni songent sérieusement à faire en sorte que les montants versés pour devenir membre d'une coopérative (les parts sociales, qui coûtent 5 $ chez Desjardins) ne soient plus considérées comme du capital, mais plutôt comme des titres de dette.
Pour Desjardins, ce changement aurait pour effet de transformer quelque 800 millions $ de capital de première catégorie en capital de deuxième catégorie. Vu sa taille, le Mouvement pourrait accuser le coup sans trop de mal, a convenu M. D'Amours, surtout qu'il améliorerait le rendement de ses capitaux propres. La capitalisation de Desjardins est de 9 milliards $, dont 90 pour cent est constituée de capital de première catégorie.
Le pdg s'inquiète toutefois pour certaines coopératives de plus petite taille, qui pourraient souffrir des nouvelles normes.
"Il y en a un certain nombre qui, face aux exigences de développement, vont probablement opter pour la démutualisation ou accéder à du capital-actions sous une forme hybride", a expliqué le dirigeant en point de presse après un discours prononcé devant le Conseil des relations internationales de Montréal.
L'Alliance coopérative internationale, dont Alban D'Amours est membre du conseil d'administration, tente par tous les moyens d'empêcher l'adoption des nouvelles normes.
"Nous faisons des interventions autant à Washington qu'en Europe pour convaincre les organismes réglementaires de la pertinence de prendre en compte notre nature coopérative", a souligné M. D'Amours.
La partie s'annonce toutefois féroce: les banques européennes, selon qui les coopératives financières disposent de privilèges, défendent avec force les normes proposées.
Le grand patron du Mouvement Desjardins a rappelé qu'il y a quelques années, les coopératives se sont fait "déjouer" lorsque les organismes de réglementation ont décrété que les ristournes devaient être comptabilisées comme des dépenses, et non apparentées à des dividendes d'entreprises.
Démutualisation
Dans son discours Alban D'amours s'est par ailleurs lancé dans une charge à fond de train contre le mouvement de démutualisation qui a cours depuis quelques années. À ses yeux, une telle opération n'entraîne que des bénéfices à court terme pour les membres, alors que ce sont les conseillers et les banquiers qui en profitent le plus.
"On dilapide de la sorte des patrimoines collectifs qui auraient pu avoir des retombées à long et à très long terme", a-t-il déploré.
M. D'Amours a d'autre part admis que la déroute du papier commercial adossé à des actifs, cet été, allait forcer les institutions financières, dont Desjardins, à faire preuve de "plus de transparence" dans ce domaine à l'avenir.
"Les structures actuelles devront être mieux connues des investisseurs", a-t-il affirmé.