Les conservateurs ont distribué leurs bonbons d'Halloween un an à l'avance cette année. Puisant dans ses poches profondes et dans ses coffres pleins à craquer, le gouvernement Harper a en effet annoncé mardi une nouvelle baisse de la TPS ainsi qu'une panoplie d'allègements fiscaux.
Coût de l'exercice: 60 milliards $ en dix ans, soit environ 10 milliards $ par année, dont la plus grande partie devrait bénéficier aux ménages, si l'on en croit le ministre des Finances Jim Flaherty.
Ottawa ne se trouvera pas sans ressources pour autant, puisque son surplus budgétaire pour l'exercice 2006-07 devrait se chiffrer à 1,6 milliard $, après le versement de 10 milliards $ à la dette.
L'énoncé économique déposé à la Chambre des communes mardi après la fermeture des marchés prévoit que cet excédent atteindra 9,8 milliards $ en 2012-2013, si la tendance se maintient.
Clairement encouragé par la bonne santé de l'économie canadienne, le gouvernement Harper a décidé de faire fi de l'opinion des économistes et de réduire la TPS d'un autre point. Cette taxe mal aimée passera à 5 pour cent le 1er janvier 2008.
Les Canadiens sont trop taxés et je n'ai jamais vu de mauvaise baisse d'impôt, a fait valoir en substance le ministre des Finances Jim Flaherty, lors d'un point de presse à Ottawa.
N'empêche que la réalisation de cette promesse électorale devrait priver l'État d'environ 5,5 milliards $ de revenus par an, d'après les estimations de la Banque TD.
Quant aux familles, elles pourront à peine se payer une pizza par mois avec l'argent économisé sur leurs autres achats, avaient calculé l'an dernier l'économiste Dale Orr de Global Insight Canada.
Les ménages pourront heureusement profiter d'autres allègements, dont une augmentation du montant personnel de base _ c'est-à-dire le montant sur lequel ils ne paient pas d'impôt sur le revenu _ qui passera de 8929 $ à 9600 $.
La mesure, rétroactive au 1er janvier dernier, représente un allégement fiscal supplémentaire de 2,5 milliards $ en deux ans.
Selon les documents fournis par le ministère, cette mesure permettra à une famille dont le revenu se situe entre 45 000 $ et 60 000 $ de profiter d'une réduction d'impôt d'environ 400 $ par année, à compter de 2008.
Entreprises
La manne s'abattra aussi sur les entreprises, petites et grandes. Le ministre Flaherty a fait savoir mardi qu'il devançait les baisses d'impôt annoncées dans son budget précédent.
L'objectif est de ramener le taux fédéral d'imposition des grandes sociétés à 15 pour cent d'ici 2012. Il est actuellement d'environ 22 pour cent.
"Grâce à ces réductions, le taux général fédéral d'imposition du revenu des sociétés baissera du tiers entre 2007 et 2012 et deviendra le moins élevé des pays industrialisés", a dit le ministre dans son allocution.
Les PME profiteront aussi d'une baisse de leur taux, qui passera à 11 pour cent dès 2008, soit un an plus tôt que prévu.
Les conservateurs n'ont toutefois prévu aucune mesure spécifique pour les entreprises en difficulté, qui _ dans le secteur manufacturier ou dans l'industrie forestière par exemple _ ne paient pas d'impôt parce qu'elles ne dégagent pas de profits.
Le ministre Flaherty a cependant laissé entendre qu'il pourrait s'attaquer à ce problème à temps pour son prochain budget, prévu pour le printemps.
En dépit de l'opposition véhémente du Nouveau Parti démocratique (NPD) et du Bloc québécois, qui le jugent "déséquilibré" et "insuffisant", l'énoncé économique devrait être adopté sans difficulté dès mercredi.
Confiants, les conservateurs ont en effet décidé de forcer à nouveau la main de leurs adversaires libéraux en tenant le plus tôt possible le vote sur la motion de voies et moyens nécessaire à la mise en oeuvre de leur plan.
Cela permettra peut-être au gouvernement de faire oublier la décision très contestée sur les fiducies de revenu qui avait pris les marchés financiers par surprise le 31 octobre dernier.