Un dollar canadien trop fort, qui vient s'ajouter au programme d'aide fiscale aux entreprises des régions-ressources, risque de mettre en péril le secteur manufacturier du Québec.
C'est du moins ce que craint une coalition d'entreprises, qui demande au gouvernement Charest d'intervenir pour mieux encadrer la concurrence entre les entreprises des régions-ressources et celles des autres régions.
La Coalition des régions pour l'entraide économique équitable (CREEE) a dénoncé jeudi, en conférence de presse, les avantages fiscaux consentis par Québec depuis 2001 en vue de favoriser le développement économique des régions-ressources.
Elle demande donc à Québec de fixer dès maintenant un plafond à l'aide fiscale offerte à ces entreprises, de même que de procéder à une révision des secteurs d'activités qui y ont droit.
L'aide financière de Québec, selon elle, crée une concurrence déloyale avec laquelle de nombreuses entreprises n'arrivent plus à composer, particulièrement dans un contexte où le dollar canadien atteint des sommets.
Les entreprises qui compensaient l'aide aux régions-ressources en exportant davantage, principalement aux Etats-Unis, se trouveraient désormais pénalisées par la puissance du huard, qui dépasse le dollar américain.
"Inutile de vous dire que le dollar fait très mal. Les gens qui compensaient en exportant davantage ne peuvent plus exporter davantage. Au contraire, ce qui risque de se passer, c'est qu'il va y avoir de l'importation des Etats-Unis si ça continue comme ça", a déclaré le président de la coalition, Jacques Blouin.
Dans ce contexte, "il y aura une baisse considérable de la demande, donc la lutte va devenir féroce quant aux prix du marché jusqu'à ce qu'il y ait des entreprises qui meurent", a-t-il ajouté.
Des dizaines de milliers d'emplois seraient ainsi menacés à court terme.
La coalition rappelle que le programme d'aide aux régions-ressources a été créé en 2001, au moment où la dollar canadien valait 65 cents US, ce qui permettait aux entreprises manufacturières québécoises d'exporter massivement leurs produits.
Le programme d'aide fiscale _ valide jusqu'en 2009 _ visait les entreprises, rentables ou non, de sept régions du Québec, et incluait des crédits d'impôt remboursable sur la masse salariale, de même qu'une réduction substantielle de la taxe sur le capital.
Cette forme d'aide a coûté aux contribuables 104 millions $ en 2006 et aura coûté au total, entre 2001 et 2009, 1,2 milliard $ en fonds publics, selon les données fournies par la coalition.
Cette coalition est un nouvel organisme sans but lucratif qui cherche à regrouper les entreprises manufacturières qui se sentent lésées par l'aide fiscale consenties aux régions-ressources.