Vraisemblablement stimulés par la crainte de prises de contrôle étrangères, la Bourse de Montréal et le Groupe TSX ont confirmé, jeudi matin, la reprise de négociations qui pourraient mener à une fusion des deux plus importantes places boursières du pays.
Les deux entreprises ont émis des communiqués distincts mais essentiellement identiques dans lesquels elles affirment qu'elles "ont entamé de nouvelles discussions (...) au sujet d'un éventuel regroupement de leurs activités".
Elles ont ajouté qu'il n'y a aucune certitude quant aux actions ou transactions qui pourraient découler de ces discussions et qu'aucun autre commentaire ne sera fait à moins de changement concret à rapporter.
Le titre de la Bourse de Montréal bondissait de 17 pour cent, à 34,15 $, en début d'après-midi jeudi. Les transactions sur son titre avaient précédemment été interrompues, en prévision d'une annonce. Cela lui donne une capitalisation boursière d'environ 1,1 milliard $.
Le cours du titre de la Bourse de Montréal reculait de manière continue depuis qu'il a touché 49,50 $ à son inscription à la Bourse de Toronto, en mars.
Le titre du Groupe TSX prenait quant à lui près de six pour cent, à 53 $, pour une capitalisation boursière de 3,6 milliards $.
En vertu d'une entente de 10 ans qui vient à échéance en mars 2009, la Bourse de Montréal est spécialisée dans le marché des produits financiers dérivés _ elle est la seule dans ce créneau au Canada _, alors que le Groupe TSX exploite, entre autres, la Bourse de Toronto, une place boursière traditionnelle, et la Bourse de croissance TSX, une bourse consacrée aux entreprises de petite capitalisation.
Le chef de la direction du Groupe TSX, Richard Nesbitt, a indiqué clairement qu'il entend pénétrer le marché des produits financiers dérivés en 2009, et il a conclu une entente pour créer DEX, propriété à 52 pour cent du TSX et à 48 pour cent de International Securities Exchange.
La Bourse de Montréal et le Groupe TSX avaient déjà tenté un rapprochement plus tôt cette année, mais n'avaient pu en venir à une entente. M. Nesbitt a récemment déclaré que "nous n'avons rien fait qui puisse nuire à des progrès éventuels" dans le dossier d'un regroupement avec la Bourse de Montréal. Il a aussi souligné qu'un tel regroupement engendrerait des synergies importantes.
Parallèlement, le chef de la direction de la Bourse de Montréal, Luc Bertrand, a confirmé qu'il était à l'origine des pourparlers précédents. La Bourse aurait aussi indiqué être intéressée à recevoir des offres américaines.
"Je détesterais me réveiller un matin et apprendre que Montréal a été acheté par Nasdaq ou quelqu'un d'autre, parce qu'on aurait alors un rival d'envergure dans notre cour arrière", a dit Tom Caldwell, le président du conseil d'administration de Valeurs mobilières Caldwell et un actionnaire important des deux places boursières.
"Même si c'est dispendieux, c'est quand même une bonne affaire, a-t-il ajouté au sujet de l'achat de Montréal par Toronto. (Dans ce genre de transaction) on n'achète pas une bourse maintenant pour ce qu'elle est; on l'achète pour son potentiel."
L'analyste John Aiken, de Valeurs mobilières Dundee, déclare de son côté que "compte tenu de la réduction récente des transactions (à Montréal) et de la publication d'un communiqué officiel par la bourse, nous croyons que les chances de succès sont bonnes cette fois-ci".