Par Norman Delisle
Il faut privilégier les produits alimentaires québécois avant de les faire venir de partout dans le monde, croit le président de l'Union des producteurs agricoles (UPA), Laurent Pellerin.
Dans son allocution d'ouverture à l'occasion du 83e congrès annuel de l'UPA, M. Pellerin a livré un message où il a présenté la "souveraineté alimentaire comme une vision rassembleuse pour l'avenir".
L'UPA craint particulièrement que l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ne tente de bouleverser les politiques agricoles internes de chaque pays qui veut protéger ses producteurs.
M. Pellerin a rappelé qu'à peine 10 pour cent de la production agricole mondiale fait l'objet d'exportations. Le reste, soit plus de 90 pour cent, est constitué de produits qui sont consommés sur une base locale. "L'OMC n'a pas, au nom de la libéralisation des marchés, à s'immiscer dans nos programmes agricoles et compromettre notre souveraineté alimentaire", a dit le président des agriculteurs québécois.
M. Pellerin a cité plusieurs exemples des dangers qui guettent les consommateurs québécois ou canadiens advenant une libéralisation plus grande des marchés alimentaires.
À son avis, nos marchés pourront être envahis par des produits qui ne répondent pas à nos normes élevées de qualité. Ainsi, des jus de carotte et des épinards intoxiqués en provenance de l'étranger se sont retrouvés sur les tablettes des magasins récemment.
Le président de l'UPA a noté qu'il fallait être plus sévère pour les produits alimentaires que pour d'autres types de produits. "J'endure que mon t-shirt soit fait en Chine, car il ne m'empoisonnera pas", a-t-il lancé.
Pour lui, il faut que les producteurs gardent le pouvoir de faire ce qu'ils veulent et ne pas être sacrifiés à l'OMC. Une solution pourrait être de créer une "exception agricole" aux règles mondiales de l'OMC, un peu comme une exception de ce genre a été créée pour les produits culturels.
Une des priorités de l'Union des producteurs agricoles sera de sensibiliser les autorités politiques du Québec et du Canada à ces dangers.
M. Pellerin a reconnu que le terme de "souveraineté alimentaire" causait des "allergies" à certains, comme au ministre québécois de l'Agriculture, le libéral Laurent Lessard. Mais ce mot de "souveraineté" a été réhabilité quand il a été utilisé par le premier ministre canadien Stephen Harper, alors qu'il parlait de rétablir la "souveraineté canadienne" dans les eaux de l'Arctique, a mentionné M. Pellerin.
Cette souveraineté alimentaire n'exclut pas bien sûr le commerce avec le reste du monde pour les aliments que ne produit pas le Canada, comme les bananes, les arachides ou le café. Le Québec doit aussi pouvoir continuer à exporter des aliments dans la production desquels il est passé maître, comme les produits de l'érable ou le porc de qualité.
Le congrès de l'UPA se poursuit cette semaine. Il y aura notamment des élections à la présidence de l'organisme, où le poste de M. Pellerin est contesté.

© La Presse Canadienne, 2008