Après des mois de tractations, le Groupe TSX et la Bourse de Montréal, fondée en 1832, ont finalement convenu de regrouper leurs activités au sein d'une nouvelle entreprise, Groupe TMX, dont le siège social sera à Toronto.
Pour être plus précis, l'institution torontoise achète la Bourse de Montréal en offrant, pour chaque action de cette dernière, 0,5 action ordinaire du Groupe TSX plus 13,95 $ au comptant, pour une contrepartie qui se chiffrait à 42,56 $ à la clôture des marchés, vendredi.
Valeur totale de la transaction: 1,3 milliard $, dont 428 millions $ au comptant. Il s'agit d'une prime de 14,4 pour cent par rapport à la capitalisation de la Bourse de Montréal, vendredi. Les actionnaires de cette dernière détiendront 18 pour cent de la nouvelle entité, alors que ceux du Groupe TSX en accapareront 81 pour cent.
L'accord prévoit que le parquet des produits dérivés demeurera à Montréal, tout comme la Corporation canadienne de compensation, qui étendra ses activités au marché des actions de Toronto.
Le président et chef de la direction du Groupe TSX, Richard Nesbitt, occupera le même poste dans la nouvelle entité alors que le président et chef de la Bourse de Montréal, Luc Bertrand, deviendra chef adjoint de la direction et responsable de technologie de l'information du Groupe TMX, tout en continuant de diriger les activités de Montréal.
Les dirigeants promettent des synergies de 25 millions $ dans la foulée de la fusion. Quand on lui a demandé s'il fallait s'attendre à des suppressions de postes à Montréal, M. Bertrand a indiqué qu'il était "prématuré" de s'avancer sur ce terrain. Il a néanmoins ajouté que le Groupe TMX serait constitué des "meilleurs éléments" des deux anciennes entreprises.
MM. Bertrand et Nesbitt ont justifié la transaction par le mouvement de consolidation des places boursières en cours depuis quelques années dans le monde.
"Nous créons un nouveau groupe boursier qui met à profit les forces et les réussites respectives des deux entreprises, a déclaré Luc Bertrand. (...) Grâce à cette convention, Montréal demeurera le centre des marchés des dérivés au Canada."
En 1999, Montréal a cédé à Toronto la négociation des actions au comptant en échange d'une spécialisation dans le secteur des instruments financiers dérivés. Or, cette entente de réciprocité venait à échéance en 2009 et Toronto avait déjà annoncé son intention de concurrencer Montréal dans le secteur des dérivés à cette date.
Les deux entreprises n'ont pas voulu confirmer que d'autres Bourses avaient présenté des offres pour Montréal. Luc Bertrand s'est contenté de dire qu'il n'avait pas sollicité de propositions de l'extérieur et que le conseil d'administration de la Bourse de Montréal avait effectué un "test de marché limité" destiné à confirmer la validité de l'offre monétaire du Groupe TSX.
Les pourparlers entre les deux Bourses se sont étirés sur plus d'un an: ils ont débuté au Brésil en novembre 2006, se sont poursuivis en mai au Canada, puis en octobre à Shanghai. Les véritables négociations ont eu lieu au cours des deux dernières semaines.
Consultations
La ministre québécoise des Finances, Monique Jérôme-Forget, a réservé lundi son jugement sur le regroupement, se réjouissant tout de même du maintien d'une place boursière à Montréal.
En point de presse, la ministre a annoncé que l'Autorité des marchés financiers (AMF) tiendrait des audiences publiques sur la fusion des deux Bourses, vraisemblablement vers la fin du mois de février. Vers la mi-janvier, l'AMF publiera officiellement le projet de fusion et recevra les commentaires des particuliers et des sociétés.
De leur côté, les actionnaires de la Bourse de Montréal se prononceront sur l'entente lors d'une assemblée qui doit avoir lieu le 13 février.
L'analyste John Aiken, de Valeurs mobilières Dundee, voit la transaction d'un bon oeil, même si elle nuira, selon lui, aux profits du Groupe TSX en 2008. Il avance que davantage de synergies pourraient être obtenues en diminuant le volume d'activités à Montréal, mais fait remarquer qu'une telle décision nuirait à l'approbation politique de la fusion.
M. Aiken ne croit pas qu'émergera une offre concurrente à celle du Groupe TSX. Et même s'il reconnaît que la fusion pourrait susciter de l'intérêt pour l'entreprise torontoise parmi des acquéreurs potentiels de l'extérieur du pays, l'analyste ne voit pas une telle transaction se concrétiser, vu le "protectionnisme" qui existe à l'égard des institutions financières canadiennes.
Le conseil d'administration de la nouvelle entité sera présidé par Wayne Fox, président du conseil en exercice du Groupe TSX, et comptera initialement 18 membres, dont cinq seront désignés par la Bourse de Montréal. Luc Bertrand, président et chef de la direction de la Bourse de Montréal, sera un de ces cinq administrateurs.
L'entente prévoit que 25 pour cent des administrateurs du Groupe TMX devront être des résidants du Québec.
M. Bertrand continuera de s'occuper du Marché climatique de Montréal, qui doit devenir la principale Bourse du carbone au Canada.
Si la Bourse de Montréal devait se désister de la transaction proposée, elle devrait verser une indemnité de 46 millions $ au Groupe TSX, comme la pratique habituelle le veut.
Le titre de la Bourse de Montréal a gagné huit pour cent lundi pour clôturer à 40,18 $, tandis que celui du Groupe TSX a terminé la séance à 53,88 $, en baisse de 5,8 pour cent.