La vague d'acquisitions et la crise du crédit ont marqué l'économie en 2007
Le 23 décembre 2007 - 00:03
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Le Québec aurait difficilement pu être frappé de façon plus frontale par les mouvements mondiaux de consolidation et de fusions-acquisitions qui ont déferlé en 2007.
Après des mois de tractations et de folles rumeurs, la maison-mère de Bell Canada, BCE, dont le siège social est à Montréal, a annoncé à la fin juin la fermeture de son capital, qui passera entre les mains du Régime de retraite des enseignants de l'Ontario (52 pour cent), des firmes américaines d'investissement privé Providence Equity Partners (32 pour cent) et Madison Dearborn Partners (9 pour cent), de même que d'autres investisseurs canadiens (7 pour cent). Le montant de la transaction _ 51,7 milliards $ incluant la dette _ en a fait l'un des rachats les plus importants de toute l'histoire.
Puis, au début juillet, la société minière britanno-australienne Rio Tinto a annoncé une offre d'achat de 38,1 milliards $ US sur Alcan. Plus de 98 pour cent des actionnaires d'Alcan ont accepté de céder leurs actions pour 101 $ US, de sorte que le titre de la société montréalaise a cessé d'être transigé au début novembre. Le siège social de Rio Tinto Alcan, la nouvelle division aluminium de Rio Tinto, est à Montréal, et pourrait même gagner des emplois du fait de l'élargissement de ses activités.
A plus petite échelle, le torréfacteur et distributeur de café Van Houtte s'est vendu en mai à la firme d'investissement privé Littlejohn, du Connecticut, pour la somme de 600 millions $, incluant la dette. Le titre de Van Houtte est disparu de la Bourse de Toronto à la fin juillet.
Sans passer entièrement à des intérêts étrangers, le Groupe Laperrière et Verreault a vendu en avril la moitié de ses activités de fabrication industrielle à la société danoise FLSmidth pour 950 millions $. La nouvelle mouture de l'entreprise québécoise, GLV, a une capitalisation boursière d'environ 300 millions $, contre une valeur marchande de 750 millions $ pour le défunt GL&V.
Deux de ces transactions _ BCE et Van Houtte _ étaient attribuables à l'abondance du capital privé sur les marchés mondiaux, un phénomène qui a fait les manchettes pendant la première moitié de l'année. Plusieurs observateurs se sont publiquement inquiétés d'une éventuelle "braderie" des grandes entreprises canadiennes au profit d'intérêts étrangers.
Crise du crédit
En août, toutefois, ces craintes se sont temporairement volatilisées avec l'apparition de la crise des hypothèques à risque aux Etats-Unis, qui a eu pour effet de resserrer le marché du crédit et des liquidités partout dans le monde.
"L'intérêt pour des transactions (de fusions-acquisitions) est corrélé à la disponibilité du capital, alors ce n'est pas qu'il n'y a plus d'occasions actuellement, c'est tout simplement qu'il n'y a pas de capital pour les concrétiser", a noté Louis Hébert, professeur de management à HEC-Montréal, au cours d'un entretien téléphonique.
Au Canada, la panique des investisseurs a surtout eu des effets dans le secteur du papier commercial adossé à des actifs (PCAA), un type de placement spécialisé à court terme dont on avait peu entendu parler jusque-là. En fait, la méfiance soudaine du marché à l'endroit des produits structurés ésotériques a été telle que tout le secteur du PCAA non bancaire est devenu complètement illiquide, et ce, en quelques jours seulement.
Ainsi, des dizaines d'entreprises, des fonds communs de placement, des banques et des caisses de retraite se sont subitement retrouvés privés de 35 milliards $ de liquidités. Au Québec, la Caisse de dépôt et placement (13,2 milliards $), la Banque Nationale (plus de 2 milliards $), le Mouvement Desjardins (1,9 milliards $), Transat AT (154,5 millions $) et l'Industrielle Alliance (104 millions $) sont les principaux détenteurs de PCAA non bancaire.
Jusqu'ici, des radiations de plus de 700 millions $ ont été inscrites au Québec en lien avec le PCAA, mais la Caisse, à titre de principal investisseur au Canada dans ce secteur, pourrait devoir enregistrer une perte variant entre 1,3 et 4 milliards $. On ne connaîtra le montant exact qu'en mars, à la publication des résultats annuels de la Caisse.
D'une façon plus générale, la crise mondiale du crédit a eu des effets néfastes sur les efforts de refinancement de plusieurs entreprises québécoises. L'imprimeur Quebecor World, en difficulté depuis plusieurs années, a ainsi dû retirer un plan de 750 millions $ en novembre. Dès juillet, Quebecor Média avait dû faire de même pour un plan de refinancement de la même ampleur. Ce n'est qu'en offrant un plus fort taux d'intérêt à ses créanciers que le géant des médias est finalement parvenu à ses fins.
Le ralentissement américain lié à la déroute immobilière a par ailleurs nuit aux résultats des entreprises québécoises présentes aux Etats-Unis, notamment Saputo, Alimentation Couche-Tard, Transcontinental et le Canadien National.
Montée du dollar et emploi
Ces entreprises ont en outre dû faire face à l'appréciation de 18 pour cent du dollar canadien en 2007, qui a réduit la valeur de leurs revenus et de leurs investissements au Sud de la frontière.
Evidemment, la force du huard a eu un effet dévastateur sur les secteurs de la fabrication et de la forêt, qui exportent massivement aux Etats-Unis. En un an, plus de 50 000 personnes ont perdu leurs emplois dans les industries manufacturières du Québec.
La vigueur du secteur des services, de la construction et de l'aéronautique, entre autres, a toutefois largement compensé, de sorte que le taux de chômage a reculé dans 10 des 16 régions du Québec en 2007. Dans l'ensemble de la province, il est passé de 8 à 7 pour cent en un an.

© La Presse Canadienne, 2012

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