La vague des fusions et acquisitions qui a déferlé sur le Canada en 2007 devrait se poursuivre en 2008, surtout dans les secteurs des mines, des métaux et des hydrocarbures, mais le pays n'a rien à craindre, croient divers experts.
Au nombre de ceux-ci se trouve Peter Marrone, le président et chef de la direction de la minière Yamana Gold, qui au cours de la dernière année a mis la main sur ses rivales Northern Orion et Meridian Gold pour devenir du coup la cinquième aurifère en importance de la planète. "Les gens parlent de l'éviscération de l'industrie canadienne depuis au moins 25 ans, a-t-il dit. Tout le monde en parle, mais ça ne se produit jamais parce que le Canada est une nation dynamique et que les gens qui travaillaient pour ces compagnies qui sont achetées créent de nouvelles choses."
Pour M. Marrone, la consolidation n'a que des aspects positifs. "L'environnement d'aujourd'hui fait que les risques géopolitiques sont nettement plus prononcés en certains endroits, il y a de l'incertitude ailleurs, et pour les compagnies qui ne sont pas assez diversifiées, il y a aussi le risque de voir les coûts augmenter, a-t-il expliqué. Alors, dans l'industrie (minière), il y a de beaux avantages à une poursuite de la consolidation."
Le Canada a néanmoins été ébranlé par le nombre et par l'ampleur des fusions et acquisitions réalisées ici en 2007, tout comme par l'identité de certaines des entreprises impliquées. La brésilienne Companhia Vale do Rio Doce et l'européenne Xstrata qui, à la fin de 2006, achètent respectivement Inco et Falconbridge. Puis, en 2007, Stelco a été achetée par l'américaine U.S. Steel pour 1,8 milliard $ US et Alcan est passée à Rio Tinto pour 38,1 milliards $ US.
De plus, l'aciériste Ipsco a été vendu pour 7,7 milliards $ à SSAB Svenskt Metal, pendant que OJSC MMC Norilsk Nickel payait 6,82 milliards $ pour LionOre Mining et que Abu Dhabi National Energy déboursait 5 milliards $ US pour Primewest Energy. Et c'est sans parler du fonds de retraite des enseignants de l'Ontario, Teachers, qui s'est associé aux firmes américaines d'investissements privés Madison Dearborn et Providence Equity pour acheter la société mère de Bell, BCE, pour 51,7 milliards $.
Les préoccupations engendrées par ces transactions ont incité le gouvernement à créer un comité qui se penchera sur la question. Dirigé par le président du conseil d'administration de CAE, Lynton (Red) Wilson, ce comité étudiera notamment les lois canadiennes qui régissent les fusions et acquisitions. "C'est une importante question de politique publique (mais) c'est aussi difficile d'y faire quelque chose, a dit Ian Macdonnell, de la firme Crosbie & Co. Je pense que l'industrie ne s'attend pas à des changements importants aux règles."
M. Macdonnell prévoit une autre bonne année de fusions et d'acquisitions en 2008, à moins qu'une récession ne frappe les Etats-Unis. Il y aura probablement moins de transactions géantes, dit-il, mais les chiffres seront quand même impressionnants, même s'il faudra tout d'abord régler la crise qui paralyse les marchés du crédit depuis le mois d'août. Dans le secteur des mines et des métaux, disent les analystes John Redstone et John Hughes de Desjardins, la croissance passera nécessairement par les regroupements en l'absence de nouvelles découvertes et dans un contexte de complexité croissante et d'augmentation des coûts.
Desjardins croit qu'Alcoa et Teck Cominco pourraient faire l'objet de tentatives de prise de contrôle en 2008, et qu'Alcoa pourrait elle aussi partir en chasse. Du côté des hydrocarbures, une demande, des prix et des coûts élevés _ en plus d'un réforme de l'imposition des fiducies de revenus _ mettent la table pour un scénario qui ne verra que les entreprises les plus solides survivre, estime l'analyste Perry Spitznagel, du cabinet d'avocats Bennett Jones de Calgary.
Les grandes entreprises vont bien, dit-il, mais certaines de leurs petites rivales devront soit se dénicher du financement, soit accepter de fusionner. Les grandes firmes canadiennes pourraient acheter à l'étranger, poursuit M. Spitznagel, pendant que les grandes étrangères lorgneront du côté des sables bitumineux. Il souligne en terminant que le Canada aura besoin de ces investissements étrangers, puisqu'il ne pourrait jamais financer à lui seul tous les projets des 20 prochaines années.