L'économie canadienne a perdu 19 000 emplois en décembre, mais le taux de chômage est néanmoins demeuré stable à 5,9 pour cent. Ce recul, le plus important en trois ans et demi, survient après sept mois consécutifs d'augmentation.
Ces données sur l'emploi rendues publiques vendredi par Statistique Canada constituent une surprise, puisque les économistes s'attendaient à un gain de 15 000 emplois.
Tel que prévu, le secteur manufacturier a souffert le plus, perdant quelque 33 000 emplois en raison de l'impact de la robustesse du dollar sur ses exportations.
Le secteur privé a quant à lui perdu 51 300 emplois. Ce recul a été en partie compensé par la création de 10 700 emplois dans le secteur privé et l'arrivée de 21 900 nouveaux travailleurs autonomes.
L'économie canadienne a toutefois créé 370 000 nouveaux emplois en 2007, soit une progression de 2,2 pour cent comparable à celle de 2,1 pour cent enregistrée en 2006. L'année dernière était la 15e année de croissance consécutive.
Dawn Desjardins, une économiste de la Banque Royale, estime que la situation est encourageante dans son ensemble, en dépit du recul de décembre.
"On parle quand même d'une croissance très solide pour l'année et plusieurs de ces emplois étaient à temps plein, a-t-elle dit. Le taux de chômage reste à son niveau le plus bas en 33 ans."
Tout comme d'autres, elle estime que la Banque du Canada réduira probablement quand même ses taux d'intérêt le 22 janvier _ la prochaine date prévue pour l'établissement des taux _ pour contrer l'incertitude aux Etats-Unis et la robustesse du dollar canadien.
"Même avec ces données sur le chômage, qui représentent une pause après une croissance impressionnante, nous pensons que la Banque du Canada demeure en position d'abaisser les taux d'intérêt, surtout en se concentrant sur les risques qui émanent des Etats-Unis et de la force du dollar", a-t-elle ajouté.
Les chiffres de Statistique Canada ont plombé le huard, qui en milieu de journée perdait 1,23 cent US à 98,04 cents US.
Doug Porter, de Marchés des capitaux BMO, ne s'attend toutefois pas à une réduction prononcée des taux, surtout compte tenu du fait que les salaires ont progressé de 4,9 pour cent en décembre par rapport au mois de décembre 2006. Il s'agit d'une croissance nettement supérieure au taux d'inflation de 2,5 pour cent.
"La hausse prononcée des salaires et la faiblesse continue du taux de chômage laissent croire que les réductions de taux continueront à être modestes", a-t-il dit.
Seule l'Alberta a connu une amélioration de son marché de l'emploi en décembre, créant 21 000 nouveaux emplois. Cette progression a toutefois été amortie par les pertes enregistrées dans d'autres provinces, notamment le Québec et l'Ontario.
Pour l'année, le secteur manufacturier a perdu 6,2 pour cent de ses emplois après avoir été malmené par la robustesse du dollar, la poussée des prix de l'énergie et une féroce concurrence étrangère.
Au cours de l'année, la croissance s'est surtout manifestée dans le secteur public et dans le travail indépendant. L'emploi dans le secteur public a crû de 6,5 pour cent depuis un an.
Au Québec, le taux de chômage est demeuré à sept pour cent en décembre. En dépit des légères baisses survenues en décembre, la croissance de l'emploi au Québec a été plus soutenue en 2007 qu'en 2006. La province a enregistré un taux de croissance de l'emploi de 2,4 pour cent, ce qui est supérieur à la moyenne nationale. Cette progression est survenue dans la construction, les services publics, l'hébergement, les services de restauration et d'autres services.
Le taux de chômage au Nouveau-Brunswick a grimpé à 7,8 pour cent en décembre. C'est toutefois la seule province de l'Atlantique qui a connu une progression marquée de l'emploi en 2007.