Le milieu des affaires et le seul ministre britannique rencontré par Jean Charest lors de sa tournée londonienne ont accueilli poliment sa proposition de libre-échange entre le Canada et l'Europe, mardi.
Si personne ne lui a fermé la porte au nez, personne ne s'est montré trop optimiste pour l'avenir de cette idée à court terme. "Nous sommes des défenseurs du libre-échange à travers le monde", s'est contenté d'expliquer Des Browne, le ministre de la Défense et responsable des questions écossaises au sein du gouvernement britannique.
Jean Charest et lui ont eu un entretien de 30 minutes, mardi soir, avant le vernissage d'une exposition intitulée "Scots in Quebec". Évoquant le projet de libre-échange, Des Browne a poursuivi en disant que son gouvernement aller discuter la question au sein de l'Union européenne.
Jean Charest espérera sans doute arracher une déclaration plus enthousiaste à John Hutton, le ministre des Entreprises et des Affaires administratives britanniques, qu'il doit rencontrer à Davos cette semaine.
Invité plus tôt dans la journée à prononcer un discours par la Chambre de commerce Canada-Royaume-Uni, le premier ministre y a trouvé un auditoire plus réceptif.
L'idée d'accroître le commerce transatlantique a sonné comme de la musique aux oreilles des 200 hommes et femmes d'affaires en complets et tailleurs noirs de la City. Mais, s'ils ont aimé l'idée, la plupart semblaient douter de la faisabilité d'un tel projet.
"Même dans le milieu des affaires, peu de gens ont entendu parler de cette idée", a expliqué le consultant en bois John Park. En faveur du projet, il craint que la lourdeur bureaucratique de l'Union européenne ne repousse le projet aux calendes grecques.
"J'aimerais être optimiste, mais j'ai des doutes", a-t-il conclu après avoir écouté le premier ministre québécois. Fidèle à son habitude, ce dernier a servi un discours enthousiaste à son auditoire.
Pour vendre son projet aux gens d'affaires de la City, Jean Charest a notamment soutenu que le Canada pourrait devenir leur porte d'entrée pour accéder, plus tard, au marché américain.
"C'est une extraordinaire opportunité pour l'Union européenne de poser un pied en Amérique du Nord sans avoir à aller directement aux Etats-Unis. (à) Si l'Union européenne choisit d'entrer dans cette négociation avec le Canada, nous sommes certains que nos voisins américains vont prêter une énorme attention", a-t-il assuré.
Interrogé sur le fait que le projet ne semble pas compter parmi les priorités des politiciens européens, le premier ministre s'est montré plus combatif que pessimiste. "Il n'est pas étonnant que les gens constatent que ce n'est pas sur l'écran radar (des politiciens européens). C'est à nous de l'inscrire et de le défendre", a-t-il soutenu.
Après Londres, Jean Charest devait s'envoler mercredi matin pour le sommet de Davos où il va tenter de rallier plus d'appuis à sa cause.