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Fraude présumée de Jérôme Kerviel: la Société Générale va créer un comité d'enquête

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Le chef de la direction de la Société Générale, Daniel Bouton, sauve pour le moment sa place. Le conseil d'administration de la banque française lui a réaffirmé mercredi sa confiance, mais le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a mis en cause les contrôles internes de la SG, qui n'ont pas fonctionné "comme ils auraient dû" pour empêcher la fraude massive reprochée au courtier Jérôme Kerviel.

C'est à l'unanimité que le conseil d'administration de la Société Générale a "confirmé sa confiance" à M. Bouton ainsi qu'au directeur général délégué Philippe Citerne.

La banque a par ailleurs annoncé la création d'un comité spécial chargé d'enquêter sur la fraude présumée du jeune courtier qui lui a coûté plus de 4,8 milliards d'euros (environ 7 milliards $ CAN).

Le comité, présidé par l'ex-patron de Peugeot-CitroJen Jean-Martin Folz, devra notamment s'assurer "que les causes et les montants des pertes de `trading' annoncées ont bien été complètement identifiées" et "que des mesures sont mises en oeuvre pour éviter qu'un tel incident se reproduise".

M. Folz, qui s'exprimait devant la presse au siège de la SG à La Défense, le quartier des affaires de la région parisienne, a précisé qu'il interviendrait de nouveau au nom du comité spécial "en fonction du déroulement de (son) enquête" et après le conseil d'administration du 20 février prochain.

Le gouverneur de la BdF Christian Noyer, auditionné mercredi par la commission des Finances du Sénat, a de son côté sévèrement jugé les procédures de contrôle de la Société Générale. Selon les "premiers constats", a-t-il expliqué, "tous les contrôles permanents au sein de la Société Générale ne semblent pas avoir fonctionné comme ils auraient dû". Et ceux qui ont fonctionné "n'ont sans doute pas toujours fait l'objet d'un suivi approprié". Mais M. Noyer s'est refusé à tirer des conclusions définitives dans l'attente du rapport complet de ses inspecteurs.

Mais il est "clair que nous devons nous concentrer sur les raisons pour lesquelles les anomalies, les dysfonctionnements n'ont pas été repérés, analysés, remontés à un niveau suffisant, traités, suivis pendant toute cette période", a-t-il ajouté.

Auditionné en même temps que M. Noyer, le président de l'Autorité des marchés financiers (AMF), Michel Prada, a affiché la même prudence.

"La vraie question que l'on doit se poser est comment (Jérôme Kerviel) a réussi à prendre des positions réelles et à les compenser par des positions fictives", a déclaré M. Prada.

Christian Noyer et lui ont justifié leur décision d'autoriser Daniel Bouton à procéder dans le secret à la liquidation des positions de Jérôme Kerviel et à augmenter le capital de la banque.

"Il eût été extraordinairement dangereux pour la Société Générale et la place de Paris de faire une annonce sur la fraude qui avait été identifiée sans avoir apporté les réponses appropriées", a fait valoir M. Prada. Dans cette affaire, "nous avons bien agi", a affirmé le gendarme de la Bourse, en décernant le même satisfecit au chef de la direction de la Société Générale.

Le gouvernement, pendant ce temps, a clairement laissé entendre qu'il ne souhaitait pas voir des rivaux étrangers bénéficier des difficultés de la SG. Interrogé mercredi sur un éventuel rachat de la SG ou une prise de participation par une entreprise étrangère, le porte-parole du gouvernement Laurent Wauquiez a souligné que toute opération devrait "autant que possible" se faire "dans le cadre de l'intérêt de l'industrie bancaire française".

Mardi, le premier ministre François Fillon avait déjà prévenu que "le gouvernement ne laissera pas la Société Générale être l'objet de raids hostiles de la part d'autres établissements bancaires".

Ces commentaires pourraient refroidir l'intérêt de banques telles que HSBC, Barclays, Deutsche Bank, Banco Santander et UniCredit, autant d'acteurs susceptibles de lancer une offre publique d'achat sur la SG, selon les analystes.

La question a été évoquée lors du comité central d'entreprise (CCE) après le conseil d'administration.

Michel Origier, du Syndicat national de la banque (SNB), a expliqué à la presse que M. Bouton "a parlé effectivement d'une rumeur qui faisait monter le cours" selon laquelle "il aurait dit qu'il était assez favorable si c'était une OPA amicale. Il nous a dit que cette rumeur était fausse et il nous l'a démentie immédiatement".

Critiquée pour ses procédures de contrôle, la banque doit aussi faire face à des rumeurs de délit d'initiés, l'un des membres du conseil d'administration, Robert Day, ayant vendu pour 40,52 millions d'euros (environ 60 millions $ CAN) d'actions de la SG le 18 janvier. Le 9 janvier, il avait déjà cédé pour 85,7 millions d'euros (environ 120 millions $ CAN).

Le parquet de Paris n'ouvrira pas d'enquête dans l'immédiat pour délit d'initié, a déclaré mercredi à des journalistes le procureur de la République de Paris Jean-Claude Marin.

"On ne fait rien pour le moment, mais on va demander l'avis de l'AMF", a-t-il dit.


© La Presse Canadienne, 2012


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