La Caisse de dépôts et placement fait état d'un rendement de 5,6 pour cent en 2007
Le 21 février 2008 - 19:07
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| Henri-Paul Rousseau |
Par Sylvain Larocque
La Caisse de dépôt et placement du Québec a assuré jeudi avoir tiré les "leçons" de la crise du papier commercial adossé à des actifs (PCAA), qui lui a fait inscrire une provision de 1,9 milliard $ à ses résultats de 2007.
Pour l'année terminée le 31 décembre, le "bas de laine des Québécois" a dégagé un rendement moyen de 5,6 pour cent, ce qui s'est traduit par l'ajout de 7,9 milliards $ à son actif net. Ce dernier atteint désormais 155,4 milliards $ (en incluant les nouveaux dépôts nets de 4 milliards $).
En conférence de presse, le président et chef de la direction de la Caisse, Henri-Paul Rousseau, a tenu à souligner que le rendement de l'institution dépassait celui de 90 pour cent des caisses de retraite canadiennes de plus d'un milliard de dollars.
Au cours des trois dernières années, le rendement de la Caisse a atteint une moyenne de 11,5 pour cent par année tandis que sur cinq ans, il s'est élevé à 12,4 pour cent par année. Le grand rival de la Caisse, le Régime de retraite des enseignantes et des enseignants de l'Ontario, n'a pas encore publié son rendement pour 2007.
"Par rapport à nos pairs, nous avons fait une très bonne année", s'est félicité M. Rousseau.
En entrevue, le dirigeant a reconnu que l'année avait été particulièrement "éprouvante" à cause de la crise du PCAA non bancaire. Au 31 décembre, la Caisse détenait 12,6 milliards $ dans ce type d'instrument financier, soit environ 40 pour cent du total canadien.
De la provision de 1,9 milliard $, la Caisse juge "faible" la probabilité de récupérer un montant de 469 millions $ lié à des prêts à haut risque aux États-Unis. Dans ce cas, l'éventuelle radiation représenterait 60 pour cent de l'investissement de 782 millions $, à quoi il faut additionner les 30 millions $ qu'a coûté la restructuration du PCAA non bancaire à la Caisse.
En revanche, la Caisse estime "élevées" les chances de récupérer l'autre portion de la provision, soit 1,4 milliard $, puisque les actifs sous-jacents du PCAA qui y sont liés sont "de grande qualité". Les 1,4 milliard $ représentent 11,8 pour cent de la valeur totale des investissements, un pourcentage relativement faible, mais qui a été établi avec l'approbation du vérificateur général du Québec.
La provision de 1,9 milliard $ a retranché 1,3 pour cent au rendement global de la Caisse en 2007 et a fait disparaître la "valeur ajoutée" que doit apporter, habituellement, le travail des gestionnaires de fonds par rapport aux indices.
Disant avoir été trompé par l'excellente cote attribuée au PCAA non bancaire par l'agence de notation DBRS (l'équivalent d'un AAA), Henri-Paul Rousseau a confié jeudi avoir réclamé, dès le début de la crise, que les gestionnaires se fient désormais à au moins deux agences pour évaluer la qualité des instruments dans lesquels ils investissent.
Avant même que la firme PricewaterhouseCoopers ne lui ait remis son rapport sur la question, la Caisse a déjà modifié ses pratiques et ses limites sur les placements dans des produits structurés, de telle sorte que M. Rousseau n'entrevoit pas d'autres crises du genre.
Une chose est sûre: "ces produits-là ne reviendront plus, c'est fini, ce marché-là", a lancé le président. À moins que le marché ne se redresse, la Caisse conservera son PCAA, converti en obligations à long terme (cinq à dix ans), jusqu'à échéance, ce qui devrait lui rapporter un peu plus de quatre pour cent par année en intérêts.
La crise mondiale du crédit, qui est à l'origine des déboires du PCAA au Canada, pourrait paradoxalement présenter une occasion d'affaires pour la Caisse. Les entreprises québécoises, confrontées à des conditions difficiles pour se financer, font davantage appel à l'institution depuis quelques mois.
"Avant, ils n'avaient pas besoin de nous parce qu'ils trouvaient qu'on chargeait trop cher, mais plusieurs d'entre eux trouvent maintenant que leurs banques chargent pas mal plus cher que nous, a glissé Henri-Paul Rousseau. Donc, on pense que nos parts de marché vont augmenter."
En raison de la forte appréciation du dollar canadien, la couverture contre le risque de change est l'élément qui a apporté la plus grande contribution individuelle au rendement de la Caisse en 2007: 3,5 milliards $.
Le segment des placements privés (dans des sociétés non cotées en Bourse et dans l'infrastructure) a volé la vedette en 2007 avec un rendement de 13,6 pour cent. L'investissement dans des immeubles a aussi bien réussi avec un rendement de 20,3 pour cent, qui reste néanmoins en deçà de l'indice de ce secteur (24,4 pour cent).
Pour ce qui est des actions canadiennes, la Caisse a dégagé un rendement de 12,6 pour cent (contre 9,8 pour cent pour l'indice S&P/TSX plafonné). Dans les instruments financiers sur produits de base, la performance a été moins reluisante: une moins-value de 0,5 pour cent alors que l'indice a rapporté 3,8 pour cent.
Le grand patron de la Caisse s'attend à ce que la crise du crédit se poursuive en 2008, ce qui pourrait amplifier le ralentissement aux États-Unis et dans le reste du monde. Par prudence, l'institution a vendu un certain nombre de placements au cours des derniers mois pour parer aux imprévus.
Parizeau dans la mire
Piqué au vif par la sortie récente de l'ancien premier ministre Jacques Parizeau, qui reprochait à la Caisse de ne pas en faire assez pour le développement économique et de ne pas détenir d'actions de la Banque Nationale, Henri-Paul Rousseau a tenu à répliquer.
Il a reconnu que le poids relatif de la Caisse dans l'économie québécoise diminuait d'année en année, depuis toujours, en raison des possibilités de placement limitées au Québec, mais que l'institution investissait davantage dans la province, toutes proportions gardées, qu'ailleurs dans le monde.
Au sujet de la Banque Nationale, M. Rousseau a rappelé que la Caisse investissait "au mérite" et qu'il ne fallait pas prêter trop d'intentions à ses placements, qui varient beaucoup dans le temps.
Faisant indirectement allusion à la vente d'Alcan à Rio Tinto, aussi déplorée par M. Parizeau, M. Rousseau a répété que la Caisse cherchait rarement à prendre seule le contrôle d'entreprises.
Au sujet de son intervention ambiguë dans le dossier de l'acquisition de la Bourse de Montréal par le Groupe TSX, de Toronto, M. Rousseau s'est justifié en disant avoir simplement demandé que l'acheteur mette par écrit ses engagements à l'égard du maintien des activités dans la métropole québécoise.
La participation de 45 pour cent de la Caisse dans Quebecor Média valait 2,2 milliards $ au 31 décembre, soit à peu près ce qu'elle avait payé en 2000. Mais si la Caisse avait investi ce montant dans un portefeuille d'actions canadiennes équilibré, elle aurait fait 2,8 milliards $ de plus (pour un total de 4,9 milliards $).
Dans un communiqué, la ministre des Finances, Monique-Jérôme-Forget, s'est montrée satisfaite des résultats de la Caisse en 2007.

© La Presse Canadienne, 2008

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