Bombardier ne garantit plus que l'assemblage de la CSeries se fera au Québec
Le 22 février 2008 - 18:55
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Bombardier Aéronautique a franchi vendredi une nouvelle étape vers le lancement de sa CSeries, mais a réservé une mauvaise nouvelle pour ses employés québécois: l'entreprise envisage désormais d'assembler le futur appareil aux Etats-Unis, plutôt que dans la région de Montréal.
La hausse fulgurante du dollar canadien, ces derniers mois, a fait bondir les coûts de fabrication au Québec, ce qui a amené Bombardier à revoir ses plans. L'appréciation de la livre sterling a eu le même effet sur le projet de fabriquer les ailes de la CSeries à Belfast, en Irlande du Nord.
Le chef de la direction de Bombardier Aéronautique, Pierre Beaudoin, a néanmoins assuré que l'entreprise continuait de "privilégier", pour l'instant, les installations de Saint-Laurent pour la fabrication du cockpit de la CSeries et une future usine à Mirabel pour l'assemblage final des appareils. Entre 2000 et 2500 nouveaux emplois sont en jeu au Québec.
"Il faut essayer de trouver des solutions pour compenser le fait que le dollar canadien est très fort", a déclaré M. Beaudoin lors d'une téléconférence avec les analystes financiers et les journalistes. "Et je pense que c'est notre responsabilité d'évaluer, en parallèle, des sites américains."
Si jamais la CSeries devait échapper au Québec, "je pense qu'il y a un très bon futur pour nos employés avec les lignes de produits existantes (notamment les jets régionaux CRJ)", a glissé Pierre Beaudoin.
L'avionneur entend discuter avec les gouvernements du Québec, du Canada et du Royaume-Uni afin de trouver des façons de rendre "plus compétitives" les installations de la région de Montréal et de Belfast. Bombardier pourrait aussi réclamer des concessions de la part de ses employés québécois lors des négociations visant à conclure une nouvelle convention collective, plus tard cette année.
M. Beaudoin n'a pas voulu donner de détails sur les demandes de l'entreprise, ni chiffrer l'impact du taux de change sur les coûts de la CSeries.
Mais ce n'est pas tout: Bombardier demande aussi aux gouvernements d'augmenter les contributions financières déjà promises pour ce projet d'avions de 110 à 149 places. En 2005, Québec et Ottawa avaient accepté de financer conjointement le tiers du budget de recherche et développement de 2,1 milliards $. Or, ce montant a bondi à 2,5 milliards $ en raison de l'inflation et des améliorations technologiques.
Il faut ajouter à cela 700 millions $ pour la future usine et ses équipements, une somme qui sera aussi partagée à parts égales entre les gouvernements, Bombardier et ses fournisseurs.
La société montréalaise a remis en question le choix de Mirabel, Saint-Laurent et Belfast alors qu'elle annonçait, vendredi, que son conseil d'administration avait donné le feu vert pour "l'offre de propositions formelles de ventes" de CSeries à des transporteurs aériens. La décision de lancement de la gamme devrait être prise d'ici la fin de l'année.
Réactions
Dans les capitales et à la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), qui représente des milliers d'employés de Bombardier, on a tout fait, vendredi, pour minimiser l'importance de la valse-hésitation de l'entreprise.
"La bonne nouvelle, c'est qu'ils vont de l'avant avec le projet. La nouvelle inquiétante, c'est qu'ils n'ont pas spécifié que ça allait être dans la région montréalaise", a résumé le président de la FTQ, Michel Arsenault, au cours d'un entretien téléphonique. Le syndicaliste a pressé Ottawa, mais pas Québec, d'en faire plus.
Dans un communiqué, le ministre québécois du Développement économique, Raymond Bachand, a assuré que l'annonce de vendredi était une "excellente nouvelle".
Son attachée de presse, Manuela Goya, a néanmoins convenu que le ministre allait rester "très, très attentif" dans le dossier.
"Compte tenu de l'avantage comparatif du Québec, il a bon espoir que ça va se réaliser ici et il pousse là-dessus, bien entendu, a affirmé Mme Goya. Pour lui, c'est difficile de concevoir que Bombardier puisse faire un autre choix que Mirabel.
Joint en Alberta, le ministre fédéral de l'Industrie, Jim Prentice, a confié avoir parlé à Pierre Beaudoin jeudi soir. Se réjouissant de la nouvelle étape franchie par la CSeries, il a confirmé que son gouvernement étudiait la demande de financement accru de Bombardier.
"Nous en sommes à faire les vérifications d'usage", a-t-il indiqué, en précisant que les fonctionnaires travaillaient "aussi vite que possible". Le ministre n'a pas fermé la porte à une nouvelle aide.
Interrogé sur une augmentation de la participation financière de Québec, la porte-parole du ministre Bachand a simplement répondu: "c'est sûr qu'il peut y avoir des discussions là-dessus".
En 2005, Ottawa avait annoncé une aide financière de 350 millions $ à Bombardier pour la CSeries, alors que Québec promettait 118 millions $. De son côté, Londres s'engageait à avancer 419 millions $.
Pierre Beaudoin n'a pas voulu révéler le nom des Etats américains avec lesquels Bombardier a entrepris des pourparlers. En 2005, le Nouveau-Mexique avait activement courtisé le fabricant. Récemment, la ville de Plattsburgh, dans l'Etat de New York, a lancé une campagne pour attirer le secteur aéronautique sur son territoire, notamment par le biais d'aides fiscales.
Vendredi, Bombardier a dévoilé le nom de trois sociétés qui ont manifesté leur intérêt pour la CSeries: Qatar Airways, qui envisage une commande d'une vingtaine d'appareils, l'allemande Lufthansa et l'International Lease Finance Corporation, un loueur d'avions. Bombardier attend d'avoir un ou deux acheteurs fermes et des commandes pour plus de 50 avions avant de plonger pour de bon.
Bombardier ambitionne de conquérir la moitié du marché des avions de 110 à 150 places avec la CSeries, ce qui représenterait la vente de 2800 appareils et des revenus de 125 milliards $ US au cours des vingt prochaines années.
L'avionneur a précisé que le futur appareil, qui doit entrer en service en 2013, sera fabriqué à 46 pour cent de matériaux composites (ailes et une partie du fuselage) et à 24 pour cent d'un mélange d'aluminium et de lithium.
L'avion, qui sera propulsé par un nouveau moteur de Pratt & Whitney, le Geared Turbofan, doit procurer des économies de carburant de 20 pour cent par rapport aux appareils actuellement en production. Il coûtera entre 40 et 60 millions $ US.
Jusqu'à maintenant, Bombardier a investi 145 millions $ US dans le développement de la CSeries.
Le titre de Bombardier a clôturé vendredi à 5,62 $ à la Bourse de Toronto, en baisse de 1,8 pour cent.

© La Presse Canadienne, 2008

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