Le projet de modernisation de l'aluminerie Alcoa à Baie-Comeau: un investissement de 1,2 milliard $
Le 4 mars 2008 - 17:40
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Par Jocelyne Richer
Sur la glace depuis cinq ans, le projet de modernisation de l'aluminerie Alcoa, à Baie-Comeau, pourra finalement voir le jour, grâce à un investissement de 1,2 milliard $.
Pas moins de 900 emplois étaient en jeu avec ce projet de remplacement des 542 cuves polluantes Soderberg, devenues désuètes.
Conjointement, le gouvernement du Québec et la direction d'Alcoa ont annoncé mardi, sur les lieux mêmes de la fonderie et devant des centaines de travailleurs souriants, cet investissement, un des plus importants des dernières années au Québec.
La contribution du Québec vient sous la forme d'une garantie de prêts de 228 millions $ et, surtout, l'attribution par Hydro-Québec d'un bloc d'énergie de 175 MW, au tarif L, le tarif industriel.
Durant la période de construction, d'ici 2015, 7000 emplois seront créés, mais à terme le projet de modernisation ne créera pas un seul nouvel emploi. Au contraire, une fois le projet complété, Alcoa comptera 180 emplois de moins qu'aujourd'hui, qui disparaîtront par attrition.
La capacité de production de l'usine augmentera de 110 000 tonnes par an.
Un des principaux employeurs de toute la région, l'aluminerie, qui occupe un terrain immense _ équivalent à 72 terrains de football _, compte actuellement 1630 employés.
Mais le premier ministre Jean Charest a déclaré que le problème des prochaines années en serait un de pénurie de travailleurs, pas de pénurie d'emplois, à Baie-Comeau comme ailleurs.
L'entente signée mardi, au terme de "négociations ardues", a convenu M. Charest, déborde en fait de l'aluminerie de Baie-Comeau, pour englober aussi les usines d'Alcoa situées à Bécancour et Deschambault.
Québec garantit aussi aux deux autres alumineries l'approvisionnement requis en énergie, en renouvelant les contrats actuels.
À propos de l'aluminerie de Deschambault, près de Québec, le premier ministre Charest a dit espérer conclure une entente avec Alcoa d'ici juin 2008, en vue de doubler la capacité de l'usine. Si cela s'avère, on parle d'un investissement additionnel de 1,4 milliard $.
Alcoa s'engage aussi à maintenir les planchers d'emplois (près de 3000 au total) dans ses trois usines. Une pénalité de 100 000 $ est prévue pour chaque mise à pied éventuelle.
Sur le plan environnemental, le projet de modernisation représente un gain substantiel, avec notamment une réduction de 40 pour cent des gaz à effet de serre (GES) produits, soit 600 000 tonnes métriques en moins.
Le président d'Alcoa, Alain Belda, a parlé pour sa part d'un "moment historique" et d'une entente qui "met fin à plusieurs années d'incertitude".
Charest démolit l'entente de 2002
En conférence de presse, sur la défensive, M. Charest a dû expliquer pourquoi le dossier avait traîné en longueur pendant cinq ans, alors que son prédécesseur, Bernard Landry, avait signé une entente avec Alcoa en décembre 2002, qu'avait reniée par la suite le premier ministre Charest une fois au pouvoir.
Il a dit qu'il avait eu raison d'agir de la sorte, compte tenu de plusieurs facteurs, dont des conditions de marché qui ont "changé radicalement", ce qui justifiait la mise en veilleuse du projet.
Par exemple, a-t-il fait valoir, M. Landry offrait une électricité qu'il n'avait pas.
"Il n'y avait pas d'énergie en 2002. En 2004, le Québec était en déficit sur le plan énergétique. On a importé de l'énergie. Quand t'as pas d'énergie, c'est difficile d'en vendre", a-t-il dit, en ajoutant sourire en coin que l'actuelle chef du Parti québécois, Pauline Marois, considérait elle aussi, selon lui, que l'entente de 2002 était une mauvaise entente.
Argument supplémentaire: l'investissement d'Alcoa est de 35 pour cent plus important que celui proposé en 2002, en passant de 900 millions $ à 1,2 milliard $.
De plus, les garanties de planchers d'emplois pour les trois usines étaient absentes en 2002, a ajouté le premier ministre.
Le gouvernement et Alcoa avaient repris les négociations l'été dernier.

© La Presse Canadienne, 2008

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