Le ministre de l'Environnement, John Baird, avait surtout un mot, lundi, pour décrire les nouvelles mesures qu'il entend adopter pour obliger les grands pollueurs à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre: strict. Mais de l'avis des partis d'opposition et des environnementalistes, le gouvernement est encore loin d'être assez sévère.
Près d'un an après avoir fait connaître son plan pour s'attaquer aux changements climatiques, le gouvernement conservateur a dévoilé, lundi, les détails des mesures qu'il imposera aux plus grands pollueurs du pays pour atteindre ses cibles de réduction de GES.
"Nous sommes stricts. Et nous sommes sérieux", a répété le ministre de l'Environnement, John Baird, lors d'une mêlée de presse à sa sortie des Communes.
Là où le gouvernement se montre plus strict, c'est dans les cas des gisements de sables bitumineux et des centrales au charbon qui entreront en exploitation après 2012.
Les études ont démontré que l'exploitation des sables bitumineux est responsable de la majeure partie des nouvelles émissions de GES au Canada.
À partir de 2018, les gisements de sables bitumineux de l'Ouest canadien qui sont entrés en exploitation après 2012 devront capter et stocker le dioxyde de carbone (CO2) généré pour éviter qu'il se retrouve dans l'atmosphère.
Quant aux centrales au charbon, elles seraient carrément bannies après 2012.
"Il n'y a pas d'avenir pour le charbon polluant", a illustré M. Baird.
La quinzaine d'autres secteurs industriels conservent leur cible de réduction de GES uniforme pour tous. À compter de 2010, ils devront réduire de 18 pour cent leurs émissions d'intensité par rapport aux niveaux de 2006. Les réductions annuelles subséquentes devront être de 2 pour cent.
Toutes ces mesures sont nécessaires pour atteindre la cible de réduction de GES de 20 pour cent par rapport aux niveaux de 2006 que s'est donnée le gouvernement, a expliqué le ministre Baird.
Ces gestes incitent le gouvernement à affirmer qu'il s'agit de "l'une des réglementations les plus sévères au monde" pour réduire les GES.
Pas si vite, ont rétorqué les environnementalistes et les partis d'opposition.
"On a toujours, avec cette annonce, les mêmes faiblesses de l'approche réglementaire" de ce gouvernement, a expliqué Matthew Bramley, expert en changements climatiques au Pembina Institute, un groupe environnemental dédié à cette question.
Les cibles sont toujours basées sur les niveaux d'intensité, ce qui fait en sorte que les émissions peuvent augmenter si la production augmente aussi, tout en permettant à une industrie d'atteindre ses objectifs.
Le deuxième problème, selon M. Bramley, se situe au niveau des échappatoires, notamment celle offerte par le Fonds technologique. "Les compagnies peuvent faire des versements d'argent et compter ça pour l'atteinte de leurs objectifs réglementés, sans avoir l'assurance de vraie réduction de GES" a-t-il noté.
Quant aux nouvelles normes dévoilées pour les sables bitumineux et les centrales au charbon, M. Bramley ne se montre pas plus enthousiaste. "Il y aura beaucoup de gens qui se demanderont: pourquoi attendre 2018 pour poser les gestes qui s'imposent alors que les scientifiques nous disent avec tant de clarté qu'il faut agir dès maintenant et avec un niveau d'ambition plus élevé", a-t-il déclaré en entrevue téléphonique.
Aux Communes, les partis d'opposition n'avaient que des critiques à formuler.
"Ce n'est pas un plan sévère, a lâché le bloquiste Bernard Bigras, qui ne digère pas le délai accordé par le gouvernement à l'industrie des sables bitumineux. C'est un plan qui avantage une industrie fortement polluante au Canada."
Le député du Nouveau Parti démocratique (NPD) Thomas Mulcair n'était pas plus tendre. "La réalité de John Baird, c'est qu'il n'y a rien en place pour atteindre les objectifs pour commencer à réduire les gaz à effet de serre. C'est de la poudre aux yeux cette affaire-là", a résumé le député également ancien ministre québécois de l'Environnement.
Les partis d'opposition s'inquiètent aussi de l'importance, dans ce plan, accordée à la technologie de captage et séquestration de carbone. La technologie n'est qu'à l'étape du développement, a rappelé le libéral David McGuinty, citant à l'appui les fonds prévus dans le plus récent budget.
"C'est important de continuer à investir dans cette technologie, parce qu'il y a beaucoup de promesses, mais ce n'est pas du tout à un niveau au Canada où nous pouvons dire que tous les joueurs dans le futur, dans les sables bitumineux, peuvent l'utiliser pour séquestrer le carbone", a dit M. McGuinty.
Le ministre Baird n'est pas d'accord avec cette analyse.
"Le captage et la séquestration du carbone est une technologie qui fonctionne", a-t-il argué, donnant en exemple un projet en Saskatchewan, qui n'est pas un "site de démonstration".
Par ailleurs, le gouvernement a aussi confirmé, lundi, qu'il allait reconnaître les industries qui ont déjà réduit leurs émissions de GES entre 1992 et 2006 en leur accordant des crédits.
Mais ce n'est pas demain la veille que les normes seront transformées en règlement. Les textes des règlements seront présentés cet automne et feront ensuite l'objet de consultations. Si l'échéancier est respecté, la réglementation entrera en vigueur en 2010.