La "protection du genre" pour les services canadiens de télévision spécialisée et une possible hausse de tarifs seront parmi les questions discutées aux audiences du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), à compter de mardi.
Les enjeux sont de taille, si bien que certains membres de l'industrie se sont déjà lancés dans une guerre de mots, par le biais des médias.
Dans un article paru dans un journal torontois la semaine dernière, le vice-président de Rogers Communications, Phil Lind, a accusé CTVglobemedia et CanWest Global Communications de mal gérer leur entreprise pour ensuite demander que les câblodistributeurs les paient pour des signaux que n'importe qui peut capter.
Le premier vice-président de CTV, Paul Sparkes, a rétorqué que les câblodistributeurs étaient avares et qu'ils devraient non seulement débourser environ 50 cents par station privée, ce qui pourrait coûter aux abonnés entre 2 $ et 10 $ par mois selon les marchés, mais aussi en absorber les coûts plutôt que de les refiler aux abonnés.
Certains craignent par ailleurs que les audiences résultent en une transformation totale d'un système de télédiffusion qui a encouragé une création locale tout en offrant une abondance d'émissions provenant de partout dans le monde.
"Pendant 40 ans, le CRTC a bâti un système d'incitatifs et de réglementations qui ont permis aux Canadiens d'avoir le choix le plus vaste au monde, en plus d'une programmation canadienne", a dit Ian Morrison, de Friends of Canadian Broadcasting. Je crains que, si les audiences vont dans la mauvaise direction, les Canadiens se retrouveront un jour avec un système de télédiffusion plus américain que canadien."
Les audiences du CRTC seront le théâtre d'un débat concernant la possibilité de mettre un terme au protectionnisme pour les chaînes de télévision spécialisées canadiennes. La réglementation actuellement en cours fait que des chaînes canadiennes comme TSN et Sportsnet sont protégées d'un géant américain comme ESPN, par exemple.
M. Morrison s'inquiète d'un possible changement dans la réglementation, qui pourrait nuire à la survie de petites chaînes indépendantes comme Discovery.
"Si une chaîne spécialisée canadienne n'a pas de public, elle n'a pas le droit d'exister pour toujours", a rétorqué Phil Lind, ajoutant qu'il n'éliminerait pas entièrement ce qu'on appelle la "protection du genre", mais qu'il permettrait à toute chaîne, de partout dans le monde, d'être diffusée au Canada, à condition qu'elle ne provoque pas directement la faillite d'une chaîne canadienne équivalente.
M. Lind croit par ailleurs que des changements sont nécessaires pour que les câblodistributeurs puissent relever les défis posés par les nouvelles technologies. Avec la disponibilité de nombreuses émissions dans internet et d'autres plateformes, les Canadiens peuvent regarder ce qu'ils veulent, quand ils veulent, a-t-il ajouté, précisant que par conséquent, de moins en moins de gens s'abonneront à des services comme BellExpressVu ou StarChoice.
"Les règles ont été mises en place dans les années 1970 et 1980, mais l'environnement est maintenant différent, a-t-il souligné. Nous voulons garder un système canadien, mais nous devons changer les règles et faire preuve de plus d'ouverture."