Un an après le dépôt d'un rapport sur les agissements des entreprises minières canadiennes sur la scène internationale, la frustration augmente chez les partis d'opposition qui pressent le gouvernement à en appliquer les recommandations.
L'inaction du gouvernement laisse l'opposition d'autant plus perplexe que c'est le fédéral qui avait commandé ce rapport en 2005, à la suite de nombreuses accusations de corruption et d'exploitation abusive de terrains miniers établis à l'étranger mais sous propriété canadienne.
Selon le Conseil canadien pour la coopération internationale, près de 60 pour cent des sociétés d'extraction et d'exploration minières du monde sont inscrites en bourse au Canada et leurs activités auraient souvent mené à des violations des droits de la personne, notamment des déplacements forcés, à la répression des travailleurs et à la destruction de l'environnement.
Le rapport intitulé "Tables rondes nationales sur la responsabilité sociale des entreprises et l'industrie extractive canadienne dans les pays en développement", publié en mars 2007, énonçait plusieurs recommandations, notamment la création d'un poste d'ombudsman ainsi qu'une réglementation plus sévère concernant les activités des entreprises.
Ces recommandations avaient été accueillies avec enthousiasme par le gouvernement. Dans sa déclaration officielle à l'issue du sommet du G8 de l'an dernier, on pouvait même lire que la mise en oeuvre des recommandations placerait le Canada "au rang des pays les plus `proactifs' du G8 pour ce qui est de promouvoir les lignes directrices et les principes internationaux sur la responsabilité sociale" des entreprises d'exploitation des ressources naturelles.
Le problème, c'est que le gouvernement n'a rien fait depuis et le rapport amasse la poussière sur les tablettes.
"Il a invité le monde à regarder d'un oeil favorable ses actions, mais il n'a rien fait et n'a probablement pas l'intention de faire quoi que ce soit, s'insurge la députée néo-démocrate Alexa McDonough. Arrivé aussi près du but, c'est extrêmement frustrant."
Mme McDonough a récemment visité la mine San Martin, propriété de la canadienne Goldcorp (TSX:G) au Honduras, et dit avoir entendu des témoignages selon lesquels l'entreprise mettrait en péril la santé des travailleurs, exproprierait des habitants et ne se conformerait pas aux règles locales.
Elle affirme que la population est affligée par l'inaction du gouvernement canadien à venir corriger la situation. "C'est très mauvais pour la réputation du pays à l'étranger mais pire encore, c'est très dommageable pour la vie de gens de pays en voie de développement", s'attriste-t-elle.
La situation au Honduras n'est pas un cas isolé. Le livre "Noir Canada: pillage, corruption et criminalité en Afrique", qui doit paraître cette semaine, décrit un nombre important de situations semblables.
On y parle entre autres de mineurs enterrés vifs en Tanzanie et de pillage des ressources du Congo.
Questionné à savoir quand le gouvernement allait répondre au rapport, le ministre des Ressources naturelles, Gary Lunn, a offert une réponse plutôt vague.
"Nous consultons l'industrie et, vous savez, l'industrie canadienne a, de façon générale, une très bonne réputation dans ses activités à l'étranger, a expliqué M. Lunn. Mais c'est un engagement que nous avons pris de maintenir des normes de haut niveau pour les secteurs de l'extraction. Nous préparons donc notre réponse."
Cette réponse laisse l'opposition sur son appétit.
"Quand on se prétend grand défenseur des droits de l'homme, il faut agir en ce sens", a affirmé le député libéral Bernard Patry, qui a déjà présidé le comité parlementaire des Affaires étrangères.
Pour sa part, le leader parlementaire du Bloc québécois, Pierre Paquette, affirme que "par son inaction, le gouvernement se fait complice des abus commis par des compagnies minières canadiennes".