La Banque du Canada a réduit mardi son taux d'intérêt directeur d'un demi-point de pourcentage, s'inquiétant de certains indices qui pourraient laisser croire que le ralentissement économique sera plus sévère et plus long que certains l'avaient d'abord cru.
C'était la deuxième fois en autant de mois que le nouveau gouverneur de la banque centrale, Mark Carney, prenait une décision marquée quant au taux d'intérêt, ramenant le taux de financement à un jour à 3 pour cent, soit 1,5 point de pourcentage en-deçà d'où il se trouvait au début décembre.
Dans un communiqué expliquant sa décision, la banque centrale n'a pas mâché ses mots pour laisser savoir que ses attentes quant aux perspectives économiques s'étaient amoindries et qu'elle aurait probablement besoin de réduire son taux réducteur au moins une nouvelle fois pour stimuler l'économie.
"La Banque prévoit maintenant un ralentissement plus marqué et plus prolongé de l'économie américaine", a affirmé la banque centrale.
"Cette évolution a des conséquences directes sur les perspectives économiques du Canada, puisque le repli des exportations devrait fortement brider la croissance en 2008."
Le dollar canadien a lâché du lest en réaction aux déclarations de la banque, pour clôturer mardi en recul de 0,19 cent US, à 99,21 cents US.
Tandis que certains économistes affirment que la réduction du taux était nécessaire, plusieurs autres s'interrogent à savoir si l'ancien gouverneur, David Dodge, qui se faisait l'apôtre de l'approche modérée avant son départ à la fin janvier, aurait réagi de la même façon.
"Peut-être bien que la décision aurait été différente avec David Dodge, mais nous ne le saurons jamais", a noté l'économiste en chef adjoint de la Banque de Montréal, Douglas Porter.
L'analyste Dale Orr, de Global Insight Canada, a rappelé que "la détente monétaire aux Etats-Unis atteint pratiquement des niveaux sans précédent ces derniers mois". La Réserve fédérale américaine a abaissé son taux directeur de 300 points de base _ de 5,25 pour cent à 2,25 pour cent _ depuis l'été dernier.
Tout en évitant le mot "récession", la déclaration de la Banque du Canada a présenté un portrait plutôt inquiétant des économies mondiale, américaine et canadienne, qui tentent toutes de surmonter les récentes turbulences des marchés financiers causées par la crise des hypothèques à risque aux Etats-Unis.
L'économie mondiale s'est affaiblie, a poursuivi la banque, et en raison du ralentissement aux Etats-Unis, les exportateurs pourraient voir leurs marchés traditionnels perdre de la vigueur.
"La Banque s'attend en outre à ce que le resserrement des conditions du crédit et le recul de la confiance contribuent à modérer les investissements des entreprises et les dépenses de consommation", a précisé l'institution.
Conséquemment, la banque s'attend maintenant à ce que l'économie canadienne ne retrouve pas son plein équilibre avant la mi-2010.
En attendant, elle projette une croissance de 1,4 pour cent pour cette année, et de 2,4 pour cent en 2009, soit bien moins que ses prévisions précédentes. En janvier, la Banque du Canada misait sur une croissance de 1,8 pour cent pour 2008 et de 2,8 pour cent l'an prochain.
En 2010, la croissance devrait atteindre 3,3 pour cent, selon la banque.
La prochaine annonce de la banque centrale quant à son taux directeur est prévue pour le 10 juin. Plusieurs économistes s'attendent à ce qu'elle réduise le taux de financement à un jour pour une dernière fois cette année, cette fois de 25 points de base à 2,75 pour cent.