Par Julian Beltrame
Le Canada ne pourra rester à l'abri de la hausse des prix des denrées alimentaires qui a déjà touché une bonne partie de la planète et, selon un nouveau rapport de la Banque Scotia (TSX:BNS), cette hausse pourrait avoir un impact majeur sur l'économie dans les prochains mois.
À l'exception des produits de boulangerie, le Canada a jusqu'ici su éviter la hausse des prix des aliments qui a frappé les pays en développement, poussant même deux magasins à grande surface américains à imposer des limites sur l'achat de riz pour éviter que les gens ne fassent de trop grandes provisions.
La force du dollar a mis les Canadiens à l'abri de la plupart de ces hausses, la majorité des produits nécessaires à l'agriculture, comme les semences, l'essence et l'engrais, étant payables en devises américaines. Les consommateurs ont aussi profité d'une concurrence féroce entre les différentes chaînes d'alimentation.
"Je ne crois toutefois pas que le Canada puisse échapper indéfiniment à la hausse des prix qui touche l'économie mondiale, a dit le vice-président de Scotia Capitaux et auteur du rapport, Derek Holt. La situation commencera à toucher le Canada cette année. Nous avons déjà commencé à ressentir les effets dans certaines catégories clés, et ils s'intensifieront cet été."
L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture rapporte que les prix des aliments à travers le monde ont augmenté de 57 pour cent depuis l'an dernier, alors que le prix du riz a doublé.
La Banque mondiale prévoit que les prix resteront élevés pendant au moins deux ans, avant de se modérer légèrement.
Selon Derek Holt, les Canadiens changeront sans doute leurs habitudes de consommation lorsque les prix des aliments commenceront à augmenter, comme les prix de l'essence et du chauffage.
"Il y a un risque très probable que les gens devront dépenser des dizaines ou centaines de dollars de plus chaque mois pour l'épicerie de base, le chauffage et l'essence", a-t-il prédit.
L'impact, croit-il, ne se fera pas sentir par une hausse de l'inflation, mais plutôt par une baisse de prix pour tous les produits, sauf les aliments et l'essence. Selon lui, les prix élevés de l'essence et des aliments feront en sorte que les consommateurs canadiens auront moins d'argent à consacrer aux autres produits.
"Ça devient un scénario très dangereux. Certains secteurs iront très bien _ les aliments et l'énergie _ tandis que d'autres verront leur pouvoir d'établir des prix s'évaporer", a souligné M. Holt.

© La Presse Canadienne, 2009