Pourcentage élevé de suicides chez les médecins américain
Le 9 mai 2008 - 13:54
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Aux Etats-Unis, 300 à 400 médecins se donnent la mort, chaque année. Au risque de porter un coup à leur carrière, les praticiens choisissent de taire leurs difficultés psychologiques. "Une catastrophe endémique", selon l'Association médicale américaine (AMA), qui avait tiré la sonnette d'alarme en vain il y a deux ans.
Le nombre toujours aussi élevé de ces suicides a conduit la Fondation américaine pour la prévention du suicide (AFSP) à lancer une campagne d'éducation dans l'espoir de rendre les médecins plus enclins à chercher de l'aide.
Chez eux, quand la douleur devient trop importante, l'accès facile aux médicaments, la connaissance précise du fonctionnement du corps et de la dose nécessaire pour arrêter le coeur et stopper la respiration facilitent le geste.
"Tous les médecins ont facilement accès aux moyens de se suicider", reconnaît le Dr Robert Lehmberg, un chirurgien de Little Rock (Arkansas), qui lutte contre la dépression et considère depuis longtemps le suicide comme "une issue stratégique, si c'est absolument nécessaire".
Le nombre total de suicides aux Etats-Unis est quatre fois plus important chez les hommes que chez les femmes: 23/100.000 pour les premiers et 6/100.000 pour les secondes, selon les chiffres officiels les plus récents. Mais chez les médecins, les chiffres sont les mêmes pour les deux sexes. Une étude menée dans 28 Etats de 1984 à 1995 souligne que les femmes médecins sont deux fois plus nombreuses à mettre fin à leurs jours que dans la population générale, et les hommes 70% plus nombreux.
"La plupart des tentatives de suicides survenant dans la population générale sont râtées, alors que les médecins savent comment faire", observe le Dr Erika Frank, une spécialiste de la recherche sur la santé des médecins.
La dépression est souvent le problème. Les médecins déprimés se soignent seuls et ne cherchent pas à faire de psychothérapie, une prise en charge qui pourrait les aider à résoudre les problèmes de fond, souligne le Dr Glenn Siegel, qui conduit un programme de prise en charge des médecins toxicomanes, atteints de dépression ou de tout autre problème psychiatrique, dans la banlieue de Chicago.
"Ce n'est pas un sujet qu'on peut aborder en toute sécurité dans cette profession, parce qu'on est responsable du bien-être des autres", ajoute-t-il. "Si vous admettez que vous n'allez pas bien, c'est que peut-être vous n'êtes pas fait pour ce métier."
Un psychiatre new-yorkais qui a souhaité garder l'anonymat dit avoir des pensées suicidaires chaque jour depuis plusieurs années. Mais lors de ses études de médecine dans les années 80, il était tellement ennuyé de devoir demander de l'aide pour sa dépression qu'il a préféré joindre un thérapeute à partir d'un téléphone payant plutôt que du dortoir. Depuis, quelques écoles ont commencé à parler de la dépression des médecins aux étudiants en médecine, mais "il reste tant à faire", commente ce psychiatre.
Des études montrent que la dépression est plus fréquente parmi les médecins, notamment les femmes, et que le fait de traiter de problèmes de vie et de mort les rend sujets à ce trouble. Une étude menée au Danemark et publiée l'an dernier recense plus de suicides chez les médecins que dans vingt autres professions, notamment les infirmières, les ouvriers, les maîtres d'école, les architectes...
En revanche, très peu d'études traitent du suicide des médecins américains.

© La Presse Canadienne, 2008

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