La CBC aurait pu faire mieux lors de la diffusion du gala du Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens, a admis mardi le président de la société CBC/Radio-Canada, Hubert Lacroix, qui s'est bien gardé de promettre pour autant que les francophones auront leur place dans une prochaine édition télévisée de l'événement.
Témoignant devant le comité des Communes sur les langues officielles, M. Lacroix a répété sans relâche que les réactions provoquées par toute cette affaire avaient accru la sensibilisation de la société d'Etat face à la question de la diversité.
"Nous reconnaissons que nous aurions pu faire mieux afin de refléter la diversité des prestations d'artistes dans le cadre de la diffusion de ce gala. Ces événements ont suscité une sensibilisation accrue sur ces enjeux et je peux vous assurer que nous diffuserons mieux ce genre d'événement à l'avenir", a indiqué d'entrée de jeu M. Lacroix, d'un ton conciliant.
En mars dernier, le réseau de télévision CBC a retransmis une version écourtée du gala du Panthéon. Les trois heures de gala ont été résumées en 44 minutes, desquelles Claude Dubois et Raymond Lévesque, les deux francophones honorés, étaient totalement absents.
M. Dubois s'en est offusqué publiquement, allant jusqu'à qualifier la décision de raciste.
C'était la troisième année que la CBC retransmettait une version courte du gala sur les ondes de la télévision anglaise. A chaque occasion, les artistes francophones célébrés ont été coupés au montage.
Bien que le grand patron de la CBC/Radio-Canada ait fait amende honorable mardi, rien n'indique qu'une telle situation ne pourrait pas se produire de nouveau dans l'avenir. M. Lacroix a laissé sans réponse précise toutes les questions des députés qui cherchaient à obtenir une garantie, avançant que leur question demeure hypothétique étant donné les plus récents rebondissements.
En fait, il n'est même plus assuré que le gala du Panthéon soit diffusé sur les ondes de la télévision anglaise de Radio-Canada puisque le Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens a demandé à la société d'Etat d'être libéré de ses droits pour examiner d'autres moyens de diffusion.
La volonté du diffuseur public de conserver l'événement à son horaire n'est visiblement pas très grande non plus.
"Lorsqu'on regarde les cotes d'écoute des galas des dernières années, on se rend compte de plus en plus que la télévision, ce n'est pas un bon médium pour les galas. Réalisant ça, pour le futur, je ne sais pas quel genre de livraison, de programme on va bâtir autour des galas", a expliqué le grand patron de Radio-Canada.
Au terme du témoignage de M. Lacroix, les députés ne semblaient pas totalement convaincus que toutes les leçons tirées de cette histoire se transposeront dans les décisions futures de Radio-Canada. Mais ils semblent être prêts à laisser la chance au coureur.
"Ils se sont gardés un peu de jeu, mais je pense qu'avec la pression qu'on a mise ce matin, et ça été unanime, ils sont en probation", a résumé le député libéral Denis Coderre.
Le député du Bloc québécois Richard Nadeau estime qu'un prochain gala du Panthéon diffusé sur les ondes publiques doit faire une belle part aux artistes francophones, et il place la barre à 25 pour cent du contenu total. "Sinon, ce serait bien décevant, un retour à la case départ et peut-être même un manque de volonté" de la part de CBC/Radio-Canada, a-t-il fait valoir après la réunion du comité.
Quant au député conservateur de Charlesbourg, Daniel Petit, il a incité le président de Radio-Canada à éviter les décisions qui, au lieu de bâtir des ponts entre les deux solitudes, contribuent plutôt à les éloigner.
"Le message que je vous envoie aujourd'hui, c'est d'essayer de trouver une solution, et plus qu'une sensibilité, a lâché M. Petit. Sinon on se retrouve dans le même problème. (...) Si on doit sauver le pays, (essayez) au moins de nous aider."