L'ALENA est menacé par un vent protectionniste soufflant de plus en plus fort en provenance des États-Unis, a déploré mercredi le premier ministre Jean Charest.
Pour éviter le pire, soit une réécriture plus contraignante des termes de l'accord, il entend donc prendre son bâton de pèlerin, dès l'élection du futur président des États-Unis, en novembre, pour plaider sa cause chez les Américains.
M. Charest est au Mexique en vue de participer à une conférence internationale de trois jours, NASCO, visant principalement à accroître les échanges commerciaux entre les États de toute l'Amérique du nord.
En marge de l'ouverture des travaux, mercredi matin, le premier ministre Charest s'est livré, en point de presse, à un vibrant plaidoyer en faveur de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), tout en égratignant au passage les politiciens américains, incluant les candidats à la présidence, qui se font de plus en plus nombreux à proposer de revoir à la baisse les termes de l'accord.
En ce sens, M. Charest s'est montré très inquiet des changements de politique qui pourraient survenir à ce chapitre, à la Maison-Blanche, au lendemain de l'élection du futur président des États-Unis, surtout s'il est démocrate.
Car le "réflexe protectionniste très fort" qu'on peut observer présentement chez la classe politique américaine est "encore plus fort chez les démocrates que ce que nous entendons chez les républicains".
Déjà présent au congrès, le courant anti-libre-échange essaime désormais jusque chez les gouverneurs des États, comme en Pennsylvanie et en Ohio, a-t-il noté.
Chose certaine, dans ce contexte, il indique ne pas avoir l'intention de rester les bras croisés.
"Il faut être stratégique. D'abord, je pense qu'il faut donner la réplique", a dit M. Charest, en faisant valoir que les Américains y trouvaient leur compte depuis la signature de l'entente, en termes d'emplois créés et surtout de garantie d'accès au gaz et au pétrole du Canada.
"Il faut, après l'élection du prochain président, rapidement prendre le ballon au vol pour défendre l'ALENA et s'assurer qu'on puisse la renforcer, non pas la diminuer", a-t-il ajouté, prêt à en découdre avec les élus américains.
Il est aussi revenu à la charge pour rappeler l'importance, pour le Québec, de "diversifier nos marchés", dans un contexte où la très grande majorité des exportations du Québec filent vers les États-Unis.
Cette assertion vaut particulièrement en période de ralentissement économique, comme c'est le cas actuellement, a-t-il noté.
De son côté, le gouverneur de l'État du Nuevo Leon au Mexique, José Natividad Gonzales Parras, a soutenu que la prochaine conférence NASCO, en juin 2009, qui se tiendra à Québec, "sera très importante pour le futur de l'ALENA aussi bien que pour les bonnes relations des pays de l'Amérique du nord", a-t-il dit, en français, lors du point de presse conjoint avec le premier ministre Charest.
Le Canada était représenté à la conférence par deux premiers ministres, l'autre étant Gary Doer, du Manitoba, un autre fervent partisan du libre-échange.
En point de presse, M. Doer s'est montré cependant moins inquiet que son homologue québécois.
Il a dit qu'il fallait se montrer enthousiaste à l'idée de défendre l'accord et ses avantages, en faisant preuve d'assurance, de confiance en soi, rejetant d'emblée tout discours "négatif".
Son ton optimiste cadrait un peu mal cependant avec le déroulement de la conférence comme tel, qui a connu bien des ratés, sur le plan logistique, notamment, et de la qualité des invités, durant cette première journée de travaux.
La pire déconvenue a été l'absence du président du pays, Felipe Calderon, qui s'est décommandé à la dernière minute. M. Calderon devait présenter le discours d'ouverture de la conférence, mais s'est fait remplacer par sa ministre de l'Énergie.
Il devait aussi s'entretenir avec quelques-uns des leaders politiques présents, dont le premier ministre Charest.
Ce dernier doit prononcer le discours de clôture de la conférence, vendredi après-midi.
La conférence NASCO (un organisme sans but lucratif créé en 1994) attire quelque 400 personnes, décideurs économiques et politiques canadiens, américains et mexicains.
Sauf qu'aucun gouverneur d'un État américain n'y est présent et seulement cinq des 32 États mexicains.