Si la flambée des prix du pétrole devait se poursuivre, le voyagiste Transat (TSX:TRZ.B) pourrait devoir envisager de restreindre ses activités en clouant une partie de ses avions au sol.
Lors d'une téléconférence avec les analystes pour commenter les résultats du deuxième trimestre, jeudi, le président et chef de la direction de l'entreprise montréalaise, Jean-Marc Eustache, est allé jusqu'à évoquer une éventuelle "réduction de la taille de l'entreprise".
"Nous avons fait tous les calculs (et nous avons déterminé) que si le prix du carburant atteint un niveau trop élevé, ce n'est pas la peine de voler, a-t-il déclaré. Il vaut mieux laisser les avions au sol."
M. Eustache a souligné qu'au cours des six derniers mois, pas moins de 28 sociétés aériennes sont disparues de la carte mondiale à cause du contexte actuel. De plus, plusieurs transporteurs américains et européens ont récemment cloué des avions au sol dans l'attente de jours meilleurs.
Le dirigeant a par la suite tenu à préciser que ce scénario extrême n'était pas forcément pour demain.
"Nous sommes loin de cela pour l'instant, mais nous gérons une entreprise cotée en Bourse et il y a beaucoup d'incertitudes à l'heure actuelle", a-t-il expliqué.
Pour l'instant, la demande pour l'été est plus forte qu'à la même période de l'an dernier, mais les prix du carburant continueront de nuire aux profits de Transat, a prévenu Jean-Marc Eustache.
"C'est une nouvelle réalité, alors je me dis à moi-même: `peut-être que le consommateur finira par voyager moins'" a-t-il confié, faisant écho à des propos semblables tenus récemment par le président et chef de la direction d'Air Canada (TSX:AC.A), Montie Brewer.
Dans un discours prononcé jeudi à la Conférence de Montréal, le secrétaire général de l'Organisation de l'aviation civile internationale, TaJieb Chérif, a fait remarquer que chaque hausse de 1 $ US du prix du baril de pétrole se traduisait par des coûts additionnels de 1,6 milliard $ US pour l'industrie aérienne mondiale.
De son côté, la directrice générale d'Air France Canada, Bénédicte Duval, a dit s'attendre à ce que la situation actuelle entraîne une vague de faillites, de fusions-acquisitions et de consolidation dans l'industrie.
Résultats
Au deuxième trimestre, terminé le 30 avril, le bénéfice net de Transat s'est élevé à 40,7 millions $ (1,21 $ par action), en baisse de 24,4 pour cent par rapport aux 53,8 millions $ (1,57 $ par action) dégagés pendant la même période de l'année dernière.
Outre les prix du carburant, qui ont doublé en un an, et des changements aux règles comptables, une nouvelle dévaluation du papier commercial adossé à des actifs (PCAA) a affecté les résultats de Transat. La provision liée au PCAA s'élève à 17,9 millions $ (15,2 millions $ après impôts), ce qui porte la dépréciation totale des investissements de l'entreprise dans ce produit financier en cours de restructuration à 30,2 pour cent.
En excluant les changements comptables et le PCAA, le bénéfice par action s'est chiffré à 1,24 $, soit davantage que le montant de 1,20 $ enregistré l'année dernière et la prévision consensuelle des analystes (1,10 $).
Les investisseurs ont bien réagi: le titre de Transat a bondi de 10,2 pour cent jeudi pour clôturer à 21,39 $, à la Bourse de Toronto. Il faut dire que mercredi, l'action avait perdu 7,4 pour cent de sa valeur. Depuis le début de l'année, elle a chuté de 39 pour cent.
Le chiffre d'affaires du groupe s'est établi à 1,08 milliard $, en hausse de 18 pour cent. Les revenus ont progressé de 17,2 pour cent en Amérique du Nord et de 21,8 pour cent en Europe, grâce à l'augmentation du nombre de voyageurs et à une acquisition effectuée en France (Amplitude Internationale).
Jean-Marc Eustache s'est montré peu effarouché par l'acquisition récente, par le géant britannique Thomas Cook, du grossiste montréalais TriWest Travel et du voyagiste français Jet Tours. Il a admis avoir été intéressé, un moment, par Jet Tours, mais pas assez pour présenter une offre d'achat.
Transat n'a pas non plus envisagé d'acheter TriWest pour des raisons stratégiques _ l'entreprise liquide des sièges invendus de concurrents comme Air Canada. Les deux transactions auront du bon pour Transat, selon M. Eustache: elles permettront de consolider le marché et, espère-t-il, de le rendre plus "discipliné" en matière de prix.
Il reste à voir si l'entreprise montréalaise fera elle-même l'objet d'une offre d'achat. Deux analystes ont avancé cette possibilité jeudi. En mars dernier, la direction avait pourtant révélé que la dernière tentative de la sorte remontait à 1995.
L'un de ces analystes, Cameron Doerksen, de la firme Versant Partners, a réduit jeudi son prix cible pour l'action de Transat, le faisant passer de 30 à 23,50 $, invoquant le contexte économique difficile.