Au lendemain de l'annonce par Bombardier de sa décision d'aller de l'avant avec la CSeries, le Comité sectoriel de la main-d'oeuvre en aérospatiale (CAMAQ) lance un appel aux étudiants potentiellement intéressés par l'industrie aéronautique.
Pas moins de 3500 postes seront créés directement en lien avec le développement et la construction des avions de la CSeries. Même si Bombardier recrutera une bonne partie des travailleurs à l'interne, les besoins pour de la main-d'oeuvre spécialisée dans le secteur seront décuplés.
Lors d'un point de presse à Montréal, lundi, les maisons d'enseignement de niveau secondaire, collégial et universitaire membres du CAMAQ ont exprimé leur enthousiasme à faire face à cette demande croissante.
"Règle générale, on peut penser que dans 50 pour cent des cas, lorsque des postes s'ouvrent, on souhaite des gens avec de l'expérience", a noté le directeur général du CAMAQ, Serge Tremblay,
"Dans l'autre moitié des cas, on regarde vers les écoles", a-t-il poursuivi, refusant cependant de s'avancer sur le nombre exact de travailleurs nouvellement formés qui seront nécessaires pour la CSeries.
Chose certaine, les maisons d'enseignement en aérospatiale, formant en moyenne 1500 étudiants par an, se disent prêtes à accueillir de plus grandes cohortes. Elles ne roulent pas encore à pleine capacité et entendent fournir une offre de formation en adéquation avec la demande.
Près de 45 000 personnes travaillaient en aérospatiale en 2007 au Québec. Les besoins sont particulièrement criants en ouvriers, qui représentent environ 40 pour cent des employés dans l'industrie.
Un besoin uniquement ponctuel?
Certains pourraient craindre qu'en surfant sur l'annonce de Bombardier, qui n'a pour l'instant en poche qu'une lettre d'intérêt du transporteur aérien Lufthansa prévoyant 30 avions et une option pour 30 autres appareils, il y ait un risque de former trop de main-d'oeuvre, qui se retrouverait sans emploi une fois le carnet de commandes de Bombardier complété.
Des préoccupations que le président du CAMAQ ne juge pas fondées, compte tenu du dialogue que les écoles entretiennent pratiquement quotidiennement avec l'industrie.
"Nous avons des mécanismes (...), des comités consultatifs pour nous assurer d'un arrimage adéquat", a-t-il dit.
M. Tremblay croit que la période difficile qui a touché l'industrie aéronautique après les attentats du 11 septembre 2001 est définitivement chose du passé et rappelle que la croissance annuelle des ventes dans le secteur au Québec a atteint en moyenne 9,5 pour cent au cours des 24 dernières années.
Les taux de placement, particulièrement pour les finissants issus de l'Ecole des métiers de l'aérospatiale de Montréal (EMAM, niveau secondaire) et de l'Ecole nationale d'aérotechnique (ENA, niveau collégial), frôlent d'ailleurs les 100 pour cent.
Attirer des étudiants
Les écoles partenaires du CAMAQ entreprennent ainsi une croisade pour inciter les jeunes à se tourner vers l'aéronautique. Pour cela, il faut leur donner la piqûre dès le plus jeune âge, croit Josée Péloquin, directrice de l'EMAM.
"Ce n'est pas en quatrième ou cinquième secondaire qu'il faut intervenir, parce que bien souvent les jeunes ont déjà effectué leur choix de carrière", a-t-elle souligné, précisant que des élèves de la 6e année du primaire sont régulièrement reçus à l'EMAM pour des activités d'exploration.
Par ailleurs, ceux qui choisissent une formation professionnelle ne sont pas cantonnés à un métier manuel s'ils souhaitent poursuivre leurs études, a ajouté Sylvie Doré, doyenne des études de l'Ecole de technologie supérieure.
"Il existe de plus en plus de passerelles qui permettent de passer du secondaire professionnel vers le secteur technique au cégep, puis à l'université, si l'on choisi cette voie", a-t-elle dit.
Préciser que les emplois liés au secteur de l'aéronautique sont généralement bien rémunérés permet sans doute de convaincre quelques indécis.
Un salon sur les carrières en aérospatiale se tiendra à Montréal en septembre prochain.