La Banque du Canada maintient son taux directeur à 3 %
Le 15 juillet 2008 - 16:22
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Par Julian Beltrame
La Banque du Canada a assombri ses perspectives mardi, affirmant qu'elle devait laisser son taux d'intérêt directeur inchangé à 3 pour cent dans le but de combattre les risques "importants" de ralentissement économique et d'inflation.
La banque centrale a ainsi estimé que l'inflation franchirait le cap des quatre pour cent au début de l'an prochain, tandis que la croissance devrait ralentir à environ un pour cent cette année _ deux prévisions en forte baisse par rapport à ses dernières déclarations à ce sujet, faites en avril.
De plus, la Banque du Canada n'a pas donné de signe voulant qu'elle modifie ces prévisions dans un avenir proche, affirmant que les risques à l'économie, bien qu'"importants", étaient équilibrés tant à la hausse qu'à la baisse.
L'institution avait tout de même de bonnes nouvelles pour l'"après-2008". Selon elle, l'économie devrait retrouver une croissance de 2,3 pour cent l'an prochain, avant de pleinement rebondir en 2010 et atteindre 3,3 pour cent. Par ailleurs, l'inflation devrait ralentir et retrouver le niveau de deux pour cent d'ici le second semestre de 2009, a-t-elle prédit.
\cf1"Le message transmis par la banque est 'accrochez-vous pour un an et nous allons nous en tirer', a dit l'analyste Dale Orr, de la firme Global Insight Canada. Mais je ne veux pas minimiser la situation. Nous traversons une période difficile et la banque n'entend pas bouger. L'inflation empêche la banque de faire ce qu'elle ferait normalement."
Les prévisions de la Banque du Canada en ce qui a trait à l'inflation sont "stupéfiantes" a quant à lui déclaré l'économiste en chef adjoint de la Banque de Montréal, Douglas Porter, compte tenu qu'en avril elle prévoyait une inflation de 2 pour cent pour les deux prochaines années.
"C'est le dilemme que pose à toutes les banques centrales de la planète la hausse rapide des cours du pétrole, a-t-il dit. Ça les enferme dans un coin. Ça a comme effet secondaire indésirable de freiner la croissance et de gonfler l'inflation. C'est comme une mini-version de ce qu'on vécu les banques centrales dans les années 1970, quand les cours du pétrole ont grimpé."
Dans sa déclaration de mardi, le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, a mis de l'avant trois principaux éléments perturbateurs pour l'économie canadienne _ le ralentissement prolongé de l'économie américaine, les turbulences persistantes sur les marchés financiers mondiaux et la forte augmentation des cours de nombreux produits de base, le pétrole en particulier.
"Les prix des produits de base continuent toutefois de dépasser les prévisions antérieures", a noté la banque centrale dans un communiqué.
"Il en est résulté de nouvelles hausses des termes de l'échange du Canada et du revenu national réel ainsi qu'une modification des perspectives d'évolution de l'inflation dans le monde et au pays", a-t-elle poursuivi.
La forte inflation sera temporaire au Canada, a estimé la banque, puisque le cours du pétrole devrait se stabiliser et l'offre excédentaire apparue dans l'économie canadienne au deuxième trimestre devrait gruger les prix au Canada.
Il faudra cependant plus de temps à l'économie pour se remettre complètement des problèmes qui la retiennent. La reprise graduelle aux États-Unis générera une croissance au Canada tôt l'an prochain mais n'économie ne roulera pas à pleine capacité avant la mi-2010, croit la Banque du Canada.
Les nouvelles perspectives de la banque centrale sont significativement plus sombres qu'elles ne l'étaient au début de l'année, alors qu'elle tablait sur une croissance moyenne de 1,8 pour cent pour 2008, près du double de ce qu'elle avance aujourd'hui.

© La Presse Canadienne, 2012

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